Analyse - Les raisons qui poussent le Portugal à s'interroger sur Fernando Santos

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Analyse - Les raisons qui poussent le Portugal à s'interroger sur Fernando Santos
Fernando Santos doit-il quitter le Portugal sur ce succès ?

Après une demi-finale décevante face à la Suisse malgré une victoire 3-1, grâce à un triplé de Cristiano Ronaldo, le Portugal a sorti un match très solide face aux Pays-Bas lors de la finale du Final 4 de Ligue des Nations, ce dimanche soir (victoire 1-0). Deux matchs qui résument parfaitement le mandat de Fernando Santos, entre des matchs décevants offensivement et une solidité défensive à toute épreuve. Malgré les résultats, le Portugal doit-il se séparer de son sélectionneur ?

Pour la deuxième fois en trois ans, Fernando Santos a mené l'équipe nationale du Portugal sur la plus haute marche du podium, à l'Euro 2016 puis lors de ce Final 4 de la toute première Ligue des Nations. Si les supporters lusitaniens sont heureux, à l'image des folles images de fête hier à Porto, ces derniers deviennent de plus en plus exigeants avec l'équipe nationale, en raison des nombreuses qualités présentes. Et malgré ses très bons résultats, Fernando Santos est de plus en plus critiqué.

S'il est plus facile de militer pour son maintien après la victoire méritée face aux Pays-Bas ce dimanche (l'un des matchs les plus solides tactiquement de l'ère Santos), il est nécessaire d'analyser les débuts de Fernando Santos et re-contextualiser sa nomination. Nommé sélectionneur en septembre 2014, juste après la déroute du Portugal à la Coupe du Monde au Brésil, il a eu la lourde tâche de redonner confiance à toute une équipe, marquée par l'énorme claque infligée par l'Allemagne (4-0) et une élimination précoce dès la phase de poule. Le sélectionneur lusitanien, aujourd'hui âgé de 64 ans, a bénéficié -pendant deux grosses années- d'une certaine indulgence de la part des supporters, qui l'ont finalement adopté à l'Euro 2016.

Les raisons pour lesquelles Fernando Santos doit rester

Au cours de ce championnat d'Europe, le Portugal a essuyé de nombreuses critiques -souvent justifiées- vis-à-vis du manque de jeu et notamment une qualification arrachée grâce à trois matchs nuls (Islande, Hongrie et Autriche). La phase finale n'a pas été beaucoup plus réussie en terme de plaisir puisque les qualifications face à la Croatie (prolongations) et la Pologne (tirs aux buts) se sont faits au-delà du temps réglementaire. Finalement, seule la demi-finale a été maitrisée avec une victoire dans le temps réglementaire face aux Pays-de-Galles. La finale remportée face à la France n'a fait que renforcer les critiques : la Seleçao a été dominée avant de s'imposer grâce à une réalisation d'Eder. Les Portugais, longuement considérés comme des beaux perdants (Euro 2000, Euro 2004, CDM 2006, Euro 2008, Euro 2012), deviennent finalement des gagnants loin d'être magnifiques.

Qu'importe, pour tous les Portugais, Santos offre enfin le premier titre international à la sélection. L'ancien entraîneur des trois gros du Portugal (Sporting, Benfica, Porto) a fait de son groupe une équipe très difficile à battre (seulement deux défaites en matchs officiels : Suisse et Uruguay) grâce à une solidité défensive à toute épreuve (65 matchs au total, 40 victoires, 14 nuls, 11 défaites pour 125 buts marqués, 54 encaissés). Les résultats militent donc en sa faveur, et Santos possède encore aujourd'hui une très belle entente avec son groupe et notamment les cadres de son effectif : Pepe, Fonte, Cristiano Ronaldo. Sa capacité d'adaptation (face aux Pays-Bas ce dimanche, la France en finale de l'Euro par exemple) lui permet aussi de faire déjouer quasiment toutes les équipes adverses, notamment grâce à la verticalité de son équipe et une très bonne utilisation de la largeur du terrain.

Le 4-4-2 à plat, son système préférentiel, avec un double pivot défensif a souvent mis à mal les équipes adverses, à l'image de la finale de l'Euro. S'il a changé de système face aux Pays-Bas hier, il a veillé à conserver deux milieux défensifs dans un 4-3-3 avec William Carvalho et Danilo afin de gêner la construction du métronome adverse, Frenkie de Jong. Dans son idée de jeu, l'entraîneur a un objectif : la recherche permanente de l'équilibre entre ses attaquants et ses défenseurs. En somme, conserver Santos pour l'Euro 2020 permet aux dirigeants de miser sur la continuité avec un entraîneur qui garde la culture de la gagne.

Pourquoi Fernando Santos doit partir

Indiscutable dans les résultats, Santos est toutefois beaucoup plus critiqué concernant le jeu produit par son équipe, qui reste généralement trop décevant si l'on regarde la Coupe du Monde 2018 (Maroc, Iran, Uruguay), la Coupe des Confédérations, l'Euro 2016 ou même cette demi-finale de Ligue des Nations face à la Suisse. L'animation défensive est systématiquement réussie mais les Portugais manquent souvent de créativité en phase offensive. Les schémas sont trop simplistes voir minimalistes, avec des longs ballons joués en direction de l'attaquant en pivot, et la possession du ballon n'est que trop rarement bien exploitée. Certains joueurs peinent aussi à prendre leurs initiatives lorsque Cristiano Ronaldo est sur le terrain (Bernardo Silva, Bruno Fernandes...), et les exploits individuels du capitaine ont souvent sauvé les meubles (Hongrie à l'Euro, Suisse en demi-finale de Ligue des Nations, l'Espagne en phase de poule de la Coupe du Monde). Bernardo Silva, nommé meilleur joueur du tournoi hier, pourrait enfin avoir ce déclic et mettre à terme à cette Ronaldo dépendance en représentant parfaitement la génération dorée présente dans le pays.

En effet, le gaucher de 24 ans devrait s'émanciper avec cette récompense et accepter un rôle plus dominant dans la création du jeu. Fort de son numéro 10 et de son entente sur le terrain avec CR7, il pourrait devenir le ciment entre les cadres et cette superbe cuvée représentée par Bruno Fernandes, William Carvalho, João Cancelo, João Felix, Ruben Dias, Ruben Neves, Ferro voire même Jota, Florentino Luis, Diego Leite ou Fábio Silva... Un énorme vivier pour préparer l'après Ronaldo est donc à la disposition de Santos, qui ne parvient toujours pas à trouver le juste milieu. Cela se traduit par des choix de listes et compositions souvent critiquables.

Le style de jeu prôné par l'entraîneur, en misant d'abord sur une ossature défensive très solide et compacte, lui impose ainsi de faire des choix parfois incompréhensibles, comme de se passer de Ricardo Pereira ou ne pas titulariser João Cancelo. Santos s'ouvre toutefois de plus en plus aux ajustements à l'image de son 4-4-2 losange face à la Suisse, ou des passages en 4-3-3 durant les rencontres. Malgré tout, cette nouvelle génération devra en priorité s'adapter aux consignes de Santos s'il reste en poste, puisque tous privilégient plutôt la possession de balle.

Fernando Santos : Docteur victoires et Mister critiques

Pour résumer, Fernando Santos a offert une certaine constance dans les résultats au Portugal, une nation trop souvent malheureuse lors des grands tournois internationaux. Avec ses deux trophées obtenues en trois compétitions disputées, l'homme de 64 ans s'est assuré une immunité pour aller jusqu'au bout de son contrat, qui prendra fin juste après l'Euro. Toutefois, l'exigence des supporters et surtout le potentiel du vivier portugais doivent être pris en compte dans les bureaux de la FPF. Les dirigeants lanceront-ils un coup de poker ces prochaines semaines, à quelques mois de l'Euro 2020, ou miseront-ils sur la sécurité en conservant Fernando Santos ? L'entraîneur, qui aura 65 ans au mois de juin prochain, aura alors effectué un mandat de 6 ans. S'il a montré dernièrement avoir assez de fraîcheur pour se réinventer et se remettre en question, l'heure du changement pourrait tout de même sonner plus vite que prévu...