à la une
Mardi 7 Avril

Coronavirus - Les joueurs face au confinement (1er volet)

Commentaire(s)
Coronavirus - Les joueurs face au confinement (1er volet)
Yunis Abdelhamid est confiné à son domicile à Reims, en famille. EXCLU MADEIN

De leurs moyens de lutter contre l'ennui à la nécessité de se maintenir en forme, en passant par leurs doutes et leurs contraintes, Yunis Abdelhamid (Reims), Bobby Allain, Pape Abou Cissé (Olympiakos), Amine Talal (Orléans) et Jérémy Livolant (Sochaux) ont abordé pour MadeinFOOT le confinement auquel ils sont soumis, plus ou moins strictement, depuis plusieurs jours.

Fouler un tapis de course plutôt qu’une pelouse fraîchement tondue, troquer un ballon rond pour un rouleau de PQ… Le quotidien des joueurs professionnels a changé depuis une semaine et la mise en confinement d’une partie de l’Europe. Si la plupart d’entre eux ne regrettent pas la corvée des conférences de presse d’avant-match, certains ont accepté de se confier à MadeinFOOT sur la drôle de période qu’ils traversent. "Mentalement, c’est lourd…" lâche Bobby Allain, le gardien de l’Olympiakos, resté à Athènes alors que sa future femme est confinée en France. "J’ai envie de rejoindre ma famille, d’être avec mes proches, d’être rassuré. Je pense à tout, je ressasse, je me demande s’ils vont bien. Je me pose mille et une questions. J’espère que c’est bientôt fini. Ce n’est que l’espoir, en fait, qui me maintient l’envie de rester ici et de reprendre…" Son coéquipier Pape Abou Cissé fait face aux mêmes problématiques. "Je suis seul en ce moment, ma famille n’est pas là", nous explique l’international sénégalais, passé par l’académie Smash. "Je passe le temps avec ma fille au téléphone, c’est galère, mais on fait avec." La solitude, c’est aussi le nouvel adversaire du milieu orléanais Amine Talal. "Je suis Marocain, j’ai grandi au Maroc, toute ma famille est là-bas. Je suis resté tout seul à Orléans. Je n’ai pas vraiment eu le choix avec la reprise ; on ne sait pas quand on va reprendre et j’ai eu peur de ne pas trouver de vol."

Jérémy Livolant, lui, a osé quitter Sochaux, où il est prêté cette saison par Guingamp, pour retourner dans sa Bretagne natale. Un choix guidé par la volonté de se rapprocher de sa famille, mais aussi par le côté pratique. "J’ai choisi de rentrer en Bretagne, chez mes parents, car pour travailler le temps du confinement, c’est plus facile. J’ai plus d’espace et de matériel à ma disposition. Dans mon appartement à Sochaux, c'était plus compliqué." Yunis Abdelhamid, resté à Reims avec sa femme et ses enfants, avait déjà tout un attirail à disposition en Champagne. "J’ai une petite salle de sport au sous-sol : un rameur, un tapis de course, un elliptique, un sac de boxe, une corde ondulatoire...", énumère le patron de la meilleure défense de Ligue 1 (21 buts encaissés en 28 matchs). "Il y a des appareils que j’avais déjà, d’autres que j’ai achetés à la dernière minute en anticipant le confinement." Particulièrement bien équipé, le Marocain s’astreint à deux séances d’entraînement par jour : "une séance le matin, qui suit le programme donné par le préparateur physique du club, et une autre que je me rajoute avec ce que m’envoie un pote qui tient une salle de crossfit à Douai." Face à la nécessité de s’entretenir physiquement, les joueurs ne sont pas tous égaux selon l’équipement qu’ils ont à disposition. C’est aussi vrai selon leur poste ; Bobby Allain peut en témoigner. "C’est assez frustrant car il n’y a pas de ballon, encore plus pour mon poste spécifique. Pour les joueurs, il suffit d’avoir un vélo et un tapis. Mais nous on a les plongeons et d’autres choses qui rentrent en compte. C’est quelque chose qui manque. Je n’ai pas de tapis assez épais pour faire quelques plongeons", explique-t-il. "J’essaie de faire des exercices mais ça ne remplacera jamais les entraînements spécifiques d’un gardien de but."

Abdelhamid : "on n'est pas près de réserver nos vacances !"

En dehors de ses séances d’entraînement, l’ancien portier dijonnais a un programme calqué sur celui de ses pairs. "Je fais le tour de Netflix et la playstation est mon meilleur ami… On a tous les mêmes activités ! (rires) J’essaie de lire aussi, parce qu’à force, les écrans, j’en ai vraiment marre." Même son de cloche chez Talal : "vu que je suis tout seul, je n’ai pas grand chose à faire, à part jouer à la play et regarder Netflix. Après je lis un peu aussi…" Livolant alterne quant à lui avec "un peu de jardinage", alors qu’Abdelhamid remplit son rôle de père de famille : "je m’occupe du petit-déjeuner pour les enfants, je m’occupe des devoirs de mon fils, que son maître nous envoie. On lui fait faire le matin, puis l’après-midi on fait des activités tous ensemble." Mais quand arrive le soir, tous sont privés de leur passe-temps favori. "À part les films de comédie, moi, je n’arrive pas à regarder autre chose que du foot à la télé…", confesse Pape Abou Cissé. "C’est maintenant qu’on se rend compte, quand on allume la TV, qu’il n’y a plus de match. On se dit qu’il y a un truc qui nous manque, notre dose quotidienne", explique Talal.

Un manque auquel il va falloir s’habituer, les principales compétitions étant encore suspendues pour une durée indéterminée. "C’est obligatoire, franchement. Je ne suis pas surpris", avoue Allain, leader du championnat grec et toujours en lice en Ligue Europa (8es de finale) avec l'Olympiakos. "Moi, ce qui me surprend encore, c’est qu’ils veuillent terminer les championnats. Ce n’est pas que je n’ai pas envie de terminer, évidemment que oui, mais il faut penser santé avant le sport. Il y a un gros problème, c’est inédit, il faut rester à la maison et éviter les contacts. Je suis déjà pour que les gens restent à la maison au moins un mois et qu’on s’adapte par la suite. Mais à la vitesse à laquelle les gens vont, ce ne sera pas un mois." Le gardien de but de 28 ans constate en effet certains comportements inappropriés face à l’épidémie, notamment dans l’Hexagone. "Je vois aux informations que les Français ne respectent pas forcément et qu’ils prennent ça à la rigolade. C’était un petit peu pareil en Grèce, les gens allaient à la plage. Comme en France, le gouvernement a décidé d’être plus strict ici et les gens commencent à rester chez eux." "Je trouve que les gens ne se rendent pas compte du danger que représente ce virus", abonde Talal. "Les gens n’en sont pas conscients. Mais plus tôt on en finira, plus tôt on pourra reprendre notre routine, notre vie quotidienne."

"Je pense qu’il faudra reprendre le rythme", poursuit Bobby Allain en se projetant sur une reprise que personne ne peut encore programmer avec précision. "Des matchs amicaux ? C’est dur à dire, puisque le calendrier sera impacté. Il en faudra peut-être, parce que ce serait presque une nouvelle saison. Ça ferait une reprise en mai, quand les chaleurs vont arriver. Je pense que personne ne sait quoi faire…" Évoquée au sein des instances dirigeantes, "la possibilité de finir la saison en juillet embête un bon nombre de joueurs", avoue Talal. "Ah, c’est sûr qu’on n’est pas près de réserver nos vacances", rigole Abdelhamid. "Finir en juillet ? Ça ne me dérangerait pas", assure Livolant. "Je suis professionnel et c’est mon métier. C’est sûr que ça changerait nos habitudes. Mais c’est parfois bon de changer les habitudes…"