Ce mercredi, le stade de Port-Saïd a été le théâtre d'un drame sans précédent. L'enceinte égyptienne a vu en son sein s'affronter les supporters des deux équipes d'Al-Masry et d'Al-Ahly. Le bilan est édifiant. Pire encore, il n'est que provisoire. 74 morts, près d'un millier de blessés et un pays de nouveau en état d'alerte malgré le deuil national. Le complot politique est plus que jamais au coeur des débats.
Alors qu'il s'agissait d'un match de championnat ordinaire, rien ne laissait présager un tel massacre en ce mercredi 1er février. Invaincu depuis le début de la saison, la formation d'Al-Ahly, plus important club du Caire, tombe pour la première fois sur la pelouse d'Al-Masry, à Port-Saïd. Une défaite trois buts à un. Mais tout va dégénérer. A peine le coup de sifflet final donné, que les heurts débutent. Sans ménagement. Les supporters du club local s'introduisent sur la pelouse. Un envahissement de terrain éclair. Des joueurs poursuivis. Des entraîneurs frappés. Des supporters massacrés. Les images sont terribles. Jets de pierre, bouteilles, feux d'artifice, armes blanches. L'arsenal est complet pour un énorme drame. Ecrasés, frappés ou balancés, plusieurs dizaines périront sur cette pelouse ensanglantée ou dans les couloirs du stade. D'autres trouveront la mort sur la route de l'hôpital. Toujours provisoire selon les autorités égyptiennes, le bilan fait déjà froid dans le dos. Mais comment a-t-on pu en arriver là?
La police accusée de complaisance avec l'ancien gouvernement
Ce n'est un secret pour personne. La situation égyptienne est toujours aussi fragile, un an après le renversement du régime d'Hosni Moubarak. La récente victoire des Frères Musulmans lors des élections législatives n'a cessé d'attiser le courroux des pro-Moubarak. A tel point que le drame de Port-Saïd représenterait cet affrontement dépassant le simple cadre du football. Preuve à l'appui, certains témoins de la scène racontent leur tragique expérience de ce 1er février. Et tous soulignent la passivité criante des autorités dans l'enceinte. "Un massacre, je n'ai jamais vu autant de cadavres à la fois", a déclaré le député Al-Badry Farghaly, représentant de Port-Saïd au Parlement fraîchement élu. "Il s'agit d'une guerre programmée", a accusé sans ménagement le docteur Ehab Ali, médecin de l'équipe d'Al-Ahly. "Pourquoi le gouverneur de Port-Saïd et le chef de la sécurité locale étaient-ils absents à ce match très sensible, alors qu'ils sont toujours là d'habitude? Pourquoi les fans du Masry nous ont-ils attaqués alors qu'ils avaient gagné?", s'interrogent les supporteurs d'Ahly. A l'issue de cette heure de pugilat inconsidérable, une autre rencontre, du côté du Caire, a été annulée. Suffisant pour déclencher le courroux des spectateurs présents, auteurs d'un incendie spectaculaire dans les tribunes du stade. A l'image de ces deux stades, c'est désormais tout le pays qui est en état de siège mais aussi et surtout en état de choc.
Le championnat suspendu, trois jours de deuil national décrétés
Une répression policière violente contre leurs membres étaient apparemment attendus depuis quelques jours. Les stades de football étaient en effet devenus le symbole de la résistance face au pouvoir militaire. Hymnes provocateurs, emblèmes évocatrices, rien n'arrêtait la résistance à l'oppresseur. Jusqu'à ce 1er février. Assurément, il restera dans les mémoires de tous. Le parlement égyptien a décrété trois jours de deuil national. Le Premier ministre, Kamal al-Ganzouri, a annoncé jeudi le limogeage de l'ensemble des dirigeants de la fédération égyptienne ainsi que celui du directeur de la sécurité de la ville. Le gouverneur a décidé, pour sa part, de démissionner. "Il ne peut s'agir d'une coïncidence, a déclaré à la télévision Ziyad Al-Ellimi, jeune député du Parti social-démocrate. Ce massacre arrive un jour après que le premier ministre est venu au Parlement essayer de nous convaincre de la nécessité de maintenir l'état d'urgence." Le ministre de la santé, Hesham Sheiha, a qualifié cet événement de "plus grand désastre de l'histoire du football égyptien". Les voix s'élèvent aux quatre coins du pays. On dépasse désormais le simple cadre du football.
Vidéo des affrontements dans le stade de Port-Saïd ayant fait 74 morts et près d'un millier de blessés
G.B,
MadeInFOOT.com