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Interview - Akim Zedadka (Clermont) : "Jouer pour l'Algérie serait la récompense ultime" (exclu Madein)

Zedadka brille avec Clermont cette saison
Zedadka brille avec Clermont cette saison LIGUE 2 EXCLU MADEIN INTERVIEW

Après avoir connu le chômage, Akim Zedadka (25 ans) s'éclate aujourd'hui au Clermont Foot 63 avec qui il joue la montée en Ligue 1. Pour MadeInFOOT, le latéral droit nous parle du beau jeu du club auvergnat et de ses rêves de sélection avec l’Algérie.



MadeInFOOT : Clermont est troisième de Ligue 2 et va affronter Toulouse (2ème) et Troyes (1er) lors des deux prochains matchs. Est-ce un petit tournant dans la saison ?
Akim Zedadka : Je pense que c’est une manière de nous jauger, car ce sont les deux meilleures équipes du championnat au vu du classement et du jeu qu’elles proposent. Si on passe bien ces matchs, ça en dira long sur notre niveau sans forcément que ça détermine la suite du championnat. Mais au moins, on verra notre niveau face aux meilleurs clubs de Ligue 2.

Il y a déjà eu un début de réponse samedi dernier lors de la victoire (1-0) contre Auxerre.
Oui, c’était un bon match, Auxerre est une très bonne équipe et ce n’était pas facile de gagner. On s’attend à des rencontres difficiles contre Toulouse et Troyes aussi.

Quoiqu’il arrive, il restera 15 journées de championnat. Votre objectif est de jouer la montée en Ligue 1 ?
Oui, c’est clair que nous on se le dit, après on n’en parle pas plus que ça. On est tous des joueurs ambitieux et une fois qu’on a goûté aux cinq premières places on a envie d’y rester le plus longtemps possible donc c’est vrai que c’est un de nos objectifs.

Ressentez-vous cette effervescence autour du groupe et comment la gérez-vous ?
On voit qu’on est un peu plus attendu et que ça parle un peu plus de nous, mais ça ne nous perturbe pas plus que ça parce que l’année dernière on était dans les cinq premiers, c’était pareil et ça ne nous a pas empêchés de rester sereins.

Justement l’année dernière vous aviez été coupés dans votre élan par l’arrêt prématuré de la saison suite à la pandémie de covid-19 alors que vous étiez bien placés. Existe-t-il sentiment de revanche ?
Peut-être pas de revanche parce que ce n’est la faute de personne, mais c’est vrai que nous on l’a mauvaise. En 2020, on faisait un début de deuxième partie de saison vraiment top. On avait battu les premiers Lorient chez eux, on avait accroché Lens deuxième donc on n’était pas très loin, ça se tenait en quelques points. Quelques joueurs sont partis cet été, mais le groupe est resté le même donc c’est vrai qu’on a encore un peu ça en tête. On se voyait faire de belles choses, mais maintenant on est passé à autre chose et on est focus sur cette saison.

Le groupe a très peu changé, il semble y avoir une belle cohésion. Ça peut être une force selon toi ?
Sincèrement, je n’ai pas fait beaucoup de clubs, mais je n’ai jamais vu un truc comme ça. Tout le monde parle avec tout le monde, tout le monde s’entend bien. Ceux qui sont là depuis un petit moment ils mettent directement à l’aise les nouveaux. Comme j’ai dit, on a gardé le même groupe qui fonctionnait bien footballistiquement et humainement. On a un staff et un coach qui font attention à ça aussi. La cohésion est top, après cette année avec le covid on ne peut plus faire de sorties comme on faisait l’année dernière, mais on reste proche quand même. On discute, on s’appelle souvent tous ensemble donc comme on dit on est une famille.

La « meute » comme vous vous appelez entre vous sur les réseaux sociaux.
C’est vrai, c’est ça. Ça peut paraître anodin, mais quand on joue au jeu du loup-garou il y a quasiment toute l’équipe. On fait des parties géantes où on est tous ensemble et ça montre que tout le monde est avec tout le monde. Pourtant, on a tous nos différences, mais quand on délire tout le groupe suit donc c’est vraiment top. On continue de jouer à ce jeu au moins une fois par semaine parce que ça nous porte chance.

Quel rôle as-tu dans le vestiaire ?
Moi j’essaye d’être quelqu’un qui met un peu l’ambiance, qui fait rire les gens. Je tente d’apporter un peu de bonne humeur avec des blagues, je mets la musique dans le vestiaire et oui je m’occupe aussi du cri de guerre.

« Notre jeu fait que tout le monde prend du plaisir »

Cette cohésion de groupe se ressent sur le terrain. Clermont est loué pour son beau jeu tout en mouvements. Peux-tu nous expliquer les principes de jeu du coach Pascal Gastien ?
C’est un jeu de possession. On est une équipe qui aime bien avoir la balle, qui n’aime pas la laisser à l’adversaire. On a un jeu de position, c’est-à-dire que de par nos placements sur le terrain on va libérer des espaces à nos coéquipiers. Notre jeu fait que tout le monde prend du plaisir, tout le monde a son rôle à jouer. Nous latéraux, on peut attaquer, on a beaucoup de liberté. Les centraux et nos milieux font le jeu et nos offensifs ont beaucoup de ballons donc tout le monde s’y retrouve.

Comment travaillez-vous ça à l’entraînement ?
Vu qu’on a quasiment le même groupe, beaucoup ont déjà assimilé le fonctionnement. Après, c’est surtout en prépa qu’on revoit les principes et puis durant la saison on fait des jeux de positions où on retravaille les déplacements, etc. On a aussi des schémas tactiques sur lesquels le coach s’appuie pour nous rappeler ce qu’on a à faire selon les équipes contre lesquelles on joue. Et comme toutes les équipes j’imagine, on a des séances vidéo sur l’adversaire et des retours sur nos matchs.

Au-delà de ce jeu de possession vous êtes aussi capables d’avoir des transitions offensives rapides notamment grâce aux ailiers Jim Allevinah et Jodel Dossou, mais aussi grâce à toi et Vital Nsimba les latéraux.
C’est clair que cette variété existe, on est dans une progression constante. On connaît ce championnat de Ligue 2 et on sait que face à certaines équipes ça va passer par des transitions plus rapides, mais contre d’autres il va falloir être patient et avoir la possession. Cette année, on réussit à varier notre jeu. Tout le monde dit qu’on joue bien, c’est vrai on prend du plaisir, mais on est aussi capable de jouer plus bas pour contrer. On peut faire mal dans ces situations parce qu’on a des joueurs qui se projettent et c’est ça aussi l’avantage d’avoir des latéraux offensifs. Ce qui fait notre force cette saison c’est d’être plus complet dans le jeu par rapport à l’année dernière.

Ça vous rend plus imprévisible ?
Je pense oui. Tu te dis « Clermont peut jouer avec la possession, mais ils peuvent aussi nous contrer via des attaques rapides » donc c’est vrai que ça peut faire peur à certaines équipes. Après je sais pas c’est à eux de nous dire (rires).

Vos adversaires vous redoutent-ils ?
Je pense un minimum. Le niveau du top 5 cette année est élevé, il y a beaucoup de très bonnes équipes, mais après quand tu es dans les premiers et que les autres équipes voient les résultats, etc. elles nous redoutent un minimum. Sans avoir peur, mais elles doivent se dire que Clermont quand même c’est du sérieux.

« Je n’ai pas encore terminé ma progression »

À titre personnel tu sembles en pleine confiance. Es-tu au top de carrière ?
Je ne pense pas être au top non. J’ai montré beaucoup de choses, mais je sais que je peux faire mieux. J’ai prouvé que j’étais un bon contre-attaquant, mais je peux mieux finir mes actions. Je déborde, mais je n’ai pas forcément la qualité de centre que j’attends. Des fois je fais des erreurs que je ne devrais pas faire. J’ai montré de quoi j’étais capable, mais je n’ai pas encore terminé ma progression.

À ce propos, tu ne comptes qu’une seule passe décisive cette saison. Est-ce une donnée qui te dérange ?
C’est paradoxal parce que je n’ai pas de stats, mais on gagne beaucoup de matchs, donc si ça peut continuer comme ça et qu’on monte je prends tous les jours (rires). Mais après sur le plan personnel oui, ça m’embête un peu. Je donne beaucoup offensivement, je fais des efforts et j’aurais aimé avoir quelques passes décisives et des buts en plus. Surtout que j’ai les situations donc c’est frustrant quand je revois les matchs. Il y a trucs que je pourrais mieux faire notamment les prises d’initiatives, mais j’espère que ça viendra. Tant que j’apporte offensivement dans la dernière ou l’avant-dernière passe et qu’on gagne, c’est bon.

Si tu estimes devoir travailler sur ce point-là, sur quels autres aspects de ton jeu t’es-tu amélioré depuis ton arrivée à l’été 2019 ?
Comme a dit le coach Pascal Gastien, j’ai pris en maturité. Je suis un peu moins fou-fou sur certaines actions offensives. Je m’oublie moins et ne me laisse pas prendre par l’engouement du contre ce qui fait que je suis plus solide défensivement. Je fais plus attention, j’essaye de resserrer dans l’axe. Pleins de trucs comme ça que je connaissais quand je suis arrivé, mais auxquels j’ai mis du temps à m’acclimater.

Comme tu le disais, tu sembles très libre offensivement. On te retrouve souvent dans le demi-espace.
Ce jeu de position fait qu’on est soit le long de la ligne soit on se retrouve dans le coeur du jeu. C’est souvent au feeling avec l’ailier, comment on est sur le moment et oui, on essaye de varier. J’ai appris à jouer dos au jeu, recevoir des ballons et me mettre un peu plus de 3/4, ça me correspond et je prends beaucoup de plaisir.

L’une de vos forces c’est aussi cette solidité défensive avec seulement 10 buts encaissés en 21 matchs. C’est une tâche à laquelle tout le monde participe ?
C’est exactement ça. On a des ailiers qui descendent faire des deux contre un avec nous pour défendre sur les adversaires. Quand nos ailiers perdent un ballon, ils suivent le défenseur jusqu’au bout quitte à faire quelques petites fautes. On a une équipe solide, tout le monde fait les efforts et ça se ressent. Même nos deux milieux ils font un travail énorme, ils coupent les contre-attaques par leur placement, ils prennent la place des latéraux quand on monte. C’est un travail à onze.

On note aussi un pressing, mais qui n’est pas tout terrain. Là encore, quelles sont les directives de l’entraîneur ?
On essaye de presser à la perte du ballon, mais c’est vrai que ce n’est pas continuel et très haut. On sait quand on doit le déclencher, c’est réfléchi. De l’extérieur on n’a peut être pas l’impression qu’on presse parce qu’on ne va pas se jeter comme des fous ou quoi que ce soit, mais par notre placement on essaye d’emmener l’adversaire où on veut. On ne va pas toujours récupérer un ballon dans les pieds, mais pousser l’adversaire à la faute ça fait aussi partie de notre jeu.

« Me retrouver de Lens au chômage c’était compliqué »

Aujourd’hui, tu es donc à Clermont où tout se passe bien pour toi, mais ça n’a pas toujours été le cas. À l’été 2017, tu n’es pas conservé par RC Lens et tu connais une période de chômage. Comment l’as-tu vécu ?
C’est arrivé vite. J’étais à Lens et c’est vrai que je n’ai pas beaucoup joué à cause des blessures et des petits soucis physiques. J’ai appris que je n’étais pas conservé après le dernier match donc je n’ai pas eu le temps de me retourner pour démarcher des clubs. J’étais jeune, je pensais que j’allais retrouver quelque chose derrière parce que je savais de quoi j’étais capable, mais quand tu n’as pas énormément de temps de jeu les clubs ne prennent pas le risque de te faire signer. Je suis parti au Havre, mais ça ne s’est pas fait, pareil avec d’autres équipes. Le temps est passé et je me suis rendu compte qu’il fallait bien que je touche des sous donc j’ai pris mon chômage tout en continuant à jouer au foot parce que j’aime ça. J’étais dans un club de N3 à Saint-Rémi de Provence, une équipe à côté de chez moi. J’avais besoin de jouer pour me dépenser et je voyais encore ça comme mon métier même si ce n’était pas des conditions professionnelles avec seulement trois entraînements par semaine.

L’idée en signant là-bas c’était de reculer tout en gardant en tête de devenir professionnel ?
Bien sûr, quand j’étais à Lens j’avais fait quelques matchs et j’estimais avoir le niveau. Je n’avais pas beaucoup d’expérience, mais aux entraînements j’étais bien. Je me disais que j’aurais certainement à nouveau ma chance. Beaucoup de clubs m’ont refusé aussi même en N2 et N1. Je ne leur en veux pas, ils ne me connaissaient pas, je n’avais pas beaucoup joué. J’avais le choix entre plusieurs clubs de N3 puis voilà Saint-Rémi de Provence m’a bien relancé. Dans la situation où j’étais mentalement, je ne dis pas que j’étais au plus mal, il y a pire dans la vie et je ne suis pas quelqu’un qui se morfond, mais il y a avait une ambiance familiale qui m’a permis de me refaire une santé psychologique et de garder les jambes et le rythme.

Ce choix s’est avéré payant puisque très vite, tu te retrouves aux portes du professionnalisme en signant en N1 avec Marignane.
Oui, j’ai fait ma saison tranquillement en N3 puis après je me suis engagé là-bas. Entre temps, j’avais fait un stage UNFP et je pense que c’est ça qui a redonné un deuxième élan à ma carrière. J’avais passé une année top humainement, mais de me retrouver de Lens au chômage c’était compliqué. Et ce stage avec des joueurs pros, avec des structures pros, des matchs contre des pros ça m’a remis dans le bain et ça m’a redonné la motivation. Je voulais retrouver le monde pro, et c’est ce qu’il s’est passé. À Marignane, j’ai fait ma saison où j’ai seulement raté deux matchs, je ne me prenais pas la tête. J’ai eu la chance de jouer contre Clermont en Coupe de France et c’est là que ça s’est fait.

Clermont est un club qui n’hésite pas à signer des joueurs qui viennent d’étages inférieurs. Quel regard portes-tu sur cette méthode de recrutement ?
Pour l’instant, ça fonctionne très bien. On a un coach qui fait beaucoup progresser les joueurs. Il aime bien ça, avoir des joueurs qui ont du potentiel et l’exploiter. Il prend le temps qu’il faut et gère le temps de jeu sans nous faire griller les étapes. C’est vrai qu’on ne peut pas dire qu’ils se trompent beaucoup donc c’est top.

Pour terminer, qu’est ce qu’on pourrait te souhaiter ?
Mon objectif personnel c’est d’avoir la santé le plus longtemps possible pour pouvoir jouer au foot, et ça au meilleur niveau. J’espère jouer plus haut et l’idéal serait avec mon club, mais on ne sait pas de quoi est fait l’avenir.

Et la sélection nationale d’Algérie ?
Dans un avenir un peu plus lointain, j’espère l’intégrer oui. Après c’est pareil si on m’avait posé la question il y a deux ans j’aurais dit « les gars c’est trop loin pour moi. » Mais quand tu enchaînes les matchs, tu commences à avoir des ambitions un peu plus élevées. Je sais que je n’en suis pas hyper loin, mais pas proche non plus donc il faut que je continue à taffer parce que ça serait vraiment une récompense ultime. Ça serait vraiment un honneur, être international dans une carrière c’est quelque chose.

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