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Interview - Orel Mangala (Stuttgart) : "En Allemagne, je savais que j'allais devenir un homme" (exclu Madein)

Orel Mangala, sous les couleurs de Stuttgart se confie pour MadeInFOOT
Orel Mangala, sous les couleurs de Stuttgart se confie pour MadeInFOOT EXCLU MADEIN

Étincelant depuis le début de la saison avec le VfB Stuttgart, Orel Mangala nous a accordé près de 40 minutes d'entretien au téléphone. Épanoui dans sa vie de tous les jours, le milieu de terrain relayeur de 22 ans, arrivé en Allemagne en 2016, apporte de la positivité et une vraie vague de fraîcheur lorsqu'il se confie. L'international belge U21 a même accepté de revenir sur son mercato d'été 2020 et ses ambitions pour l'avenir, que ce soit avec la Belgique mais aussi d'un point de vue personnel.


MadeInFOOT : On a lu et entendu que tu étais quelqu’un qui avait toujours le sourire. Est-ce vrai ?
Orel Mangala : C’est vrai, je suis quelqu’un de toujours souriant, toujours avec la bonne humeur.

Tu n’es pas passé loin d’être handicapé quand tu étais tout jeune, en étant renversé par une voiture. Cet accident te permet-il de relativiser aujourd’hui ?
La vie peut basculer d’un côté comme de l’autre. Je suis content de ce que je suis en train de vivre donc il n’y a pas de raison d’être de mauvaise humeur. Je suis un peu un privilégié, il y a pire dans le monde.

La période actuelle, avec le coronavirus, le confinement, etc, t’a-t-elle encore plus conforté dans cette volonté d’être positif, de voir la vie du bon côté ?
Je suis très famille, et puis avec le covid on voit qu’il faut profiter des toutes petites choses et des choses simples. Il y a des gens qui ont plus perdu avec le coronavirus que ma famille et moi. Il faut toujours penser à ça et penser positivement.

Le sourire, tu l’as encore plus quand tu bats Dortmund 5-1 la semaine passée et que tu distribues aussi tes deux premières passes décisives de la saison !
(Rires) Ça fait plaisir, c’est clair. Personnellement je trouve que je fais un bon début de saison (1 but, 2 passes ndlr) et mon équipe aussi. Ça se passe bien, mon objectif pour cette saison est d’améliorer mes statistiques. On va dire que c’est bien parti.

Stuttgart est probablement l’une des équipes les plus excitantes de l’année en Bundesliga avec Wamangituka, Coulibaly, toi… La jeunesse est au pouvoir.
On a un groupe très jeune. On connaît nos qualités, on s’exprime bien sur le terrain, on s’entend tous très bien. On est une bande d’amis et c’est ça qui fait notre force. On est l’équipe avec la moyenne d’âge la plus jeune sur le terrain en Bundesliga, c’est vrai.

Un groupe très jeune peut aussi faire des erreurs. Mais est-ce un sacrifice à faire pour produire votre jeu ?
Il faut faire des sacrifices c’est sûr. Avec l’équipe qu’on a, il ne faut pas regarder l’expérience. L’expérience, on l’a en jouant des matchs donc pour le moment c’est bien parti. On espère que ça va continuer comme ça.

Stuttgart est 7ème de Bundesliga. Lorsque l’on voit votre groupe, votre jeu, etc.. Est-ce que vous visez plus haut ?
L’objectif principal est le maintien en Bundesliga. Mais après, on sait qu’on a joué à peu près chaque type d’équipes : des équipes qui jouent le bas de classement et donc le maintien, des équipes du top 10, des équipes qui jouent la Ligue des Champions et on sait comment se situer par rapport à toutes ces équipes. On sait qu’on ne doit avoir peur de personnes et il faut prendre le maximum de points.

L’Europe est-elle en ligne de mire ?
La saison est longue, on a bien commencé, à nous d’être constant. Si on est encore dans la course en fin de saison, pourquoi pas rêver de ça…

Quel est le joueur qui t’impressionne le plus dans l’équipe ?
Je trouve que dans mon équipe, il y a pas mal de cracks. Il y a Tanguy Coulibaly, Silas Wamangituka, Nico Gonzalez, Borna Sosa aussi…

Et toi ?
Je ne peux pas me compter dedans (rires).

Le regard a-t-il changé sur Stuttgart cette saison ?
Les gens sont au courant qu’on joue un beau football, offensif et attractif. On parle positivement de nous, c’est bien.

L’absence des supporters est dommageable…
Clairement, surtout que nos supporters, ils sont chauds ! Ça aurait été le feu au stade. On a énormément de soutien sur les réseaux sociaux, on sent que tout le monde est derrière nous.

"L'Allemagne n'a pas peur de lancer un jeune"

Au niveau de ta formation, tu as vraiment lancé ta carrière en Allemagne. En 2016, à 18 ans, tu es prêté par Anderlecht au Borussia Dortmund. C’est une chose rare un prêt chez les jeunes…
C’était une situation un peu bizarre. Mon club formateur, Anderlecht, ne voulait pas me lâcher et moi je ne voulais pas rester en U21. J’ai insisté pour partir et la solution qu’ils ont trouvé c’était un prêt avec option d’achat à Dortmund. Quand je suis arrivé à Dortmund, chez les U19, j’étais en internat au club. Et la deuxième partie de saison, j'étais en famille d’accueil comme ça j’ai bien bien appris l’allemand. C’était plus facile pour moi d’apprendre la langue.

C’est d’ailleurs au BvB que tu t’es révélé. Et après ton prêt, tu rejoins direct Stuttgart. Pourquoi ?
Après ma saison à Dortmund, c’était clair que je ne devais pas retourner à Anderlecht. Ce n’était pas le but. Après, au BvB et à ma position il y avait énormément de concurrence ! Mais c’était une très bonne année personnelle, j’ai bien joué, on a gagné le championnat U19. Logiquement, il y a eu pas mal de clubs qui se sont intéressés. À ce moment-là, c’était déjà clair que j’allais rester en Allemagne. Et puis Stuttgart m’a proposé le meilleur projet, donc je n’ai pas hésité.

Est-ce que tu te sentais reconnu à ta juste valeur à Anderlecht ?
Ce n’est pas que je ne me sentais pas reconnu, mais à ma position il y avait aussi pas mal de joueurs là-bas. Comme j’étais jeune à cette époque-là et que j’avais besoin de temps de jeu, je ne voulais pas monter dans l’effectif pro et regarder les gens jouer. Ça, ça ne m’intéressait pas du tout.

Tu étais d’ailleurs dans toutes les catégories de jeunes avec la Belgique, tu as disputé de grandes compétitions, et pourtant Anderlecht n’a pas misé sur toi…
C’est bizarre, mais c’est comme ça…

Chez les supporters, tu étais reconnu comme une jeune pépite du centre de formation. N’était-ce pas trop dur à gérer ?
J’étais un peu plus attendu par les supporters mais je n’avais pas vraiment la pression. Anderlecht, c’est ma maison, j’ai passé toute ma jeunesse là-bas. Je n’avais pas de pression, je venais, je jouais mon football, j’étais avec mes amis, ma famille venait. Il n’y avait pas de pression à avoir. C’était familial.

Regrettes-tu de ne pas avoir eu l’occasion de jouer ?
Franchement, j’aurais aimé porter le maillot d’Anderlecht en professionnel, ça aurait été beau.

Au vu de ton style de jeu, penses-tu que l’Allemagne est le championnat parfait pour toi ?
Oui, l’Allemagne me convient bien. Il y a un style de jeu agressif, mais aussi avec des transitions rapides, de la technique. C’est un mix de tout et je pense que ça me va bien. En Allemagne, je savais que j’allais progresser encore plus et que j’allais devenir un homme. Et pas qu’un simple joueur de foot. Je savais que l’Allemagne était le bon pays.

Pourquoi autant de jeunes joueurs vont et réussissent en Allemagne ?
L’Allemagne n’a pas peur de lancer un jeune. Les clubs lancent des joueurs à leur juste valeur, leurs qualités. Si le joueur montre à l’entraînement qu’il est prêt, il va jouer. Il n’y a pas de question d’âge. Ils n’ont vraiment pas peur de lancer un footballeur.

Et quelle est la clé du succès des Allemands dans la post-formation ?
Je pense que, dans beaucoup de pays, il y a des difficultés dans la transition entre jeunes joueurs et professionnels. Dans certains pays, on n’arrive pas à faire ça alors que l’Allemagne y arrive très bien. Un joueur qui passe de U19 à professionnel est souvent très vite dans le bain.

L’entourage des clubs allemands sait aussi convaincre les jeunes et les mettre en confiance, comme les entraîneurs, les directeurs sportifs…
Je ne peux pas dire tous les coaches, car certains ne parlent pas avec les jeunes. Mais il y a un bon suivi par rapport à ça. Souvent, en Allemagne, il y a deux, trois joueurs expérimentés, qui savent donner de bons conseils, qui ont vécu pas mal de choses dans le foot. Quand tu arrives dans un club et qu’il y a un joueur reconnu qui te parle et qui te donne des bons conseils, tu as tout de suite un bon feeling. À Stuttgart, il y a Gonzalo Castro et Daniel Didavi cette saison. L’année dernière, il y avait Mario Gomez encore avec nous. Quand tu joues avec ce genre de joueurs, tu as l’impression que tu es surpassé alors qu’en fait non. Ils sont très très naturels, il n’y a pas de pression à avoir.

Tu as connu la Bundesliga et la Bundesliga 2. Comment s’est passée ta progression ?
J’ai commencé en Bundesliga ma première saison, j’ai fait 20 matchs. La deuxième saison, je voulais jouer plus et j’ai décidé de partir à Hambourg en deuxième division en prêt car ils avaient un bon projet. J’ai tout joué là-bas et je suis revenu à Stuttgart. Malheureusement, le VfB est descendu, ce n’était pas prévu de faire une deuxième saison en Bundesliga 2. Mais on est remonté et aujourd’hui je suis très content.

Physiquement, tu es aussi très très fiable, rarement blessé. C’est une force en plus.
Je me prépare bien avant la saison, je suis préparé pour chaque blessure. Je ne suis pas fragile non plus. C’est bien, je suis content d’être comme ça.

Sur le terrain, tu multiplies les courses à haute intensité, tu vas au duel, tu te projettes vite vers l’avant, mais tu aimes aussi avoir le ballon… Ce sont des ingrédients essentiels pour te sentir bien dans une rencontre !
Quand je gagne les duels, je sens que je suis présent. Après j’aime bien avoir la balle également. J’aime les deux aspects, ça me met dans le match quand il y a tout ça.

Peut-on te comparer à Renato Sanches ou Tanguy Ndombélé ?
On me l’a déjà dit, on a les mêmes caractéristiques, avec un style différent. Ce sont deux joueurs que je suis oui. Je regarde pas mal de vidéos, parfois je regarde Tanguy et les matchs de Tottenham quand il joue. Ça fait toujours plaisir aux yeux, ça fait du bien ce que Tanguy fait. Je regarde aussi Lille et Renato Sanches. C’est beau ce qu’il fait et j’ai joué aussi quelques fois contre lui.

Quelle est ta vision du milieu de terrain moderne ?
C’est un milieu qui ne perd pas beaucoup de ballons, qui sait bien les distribuer aussi et qui sait, si possible, marquer. Maintenant le football, c’est des statistiques. Si tu sais gagner des duels, manier le ballon et ajouter des statistiques à ton équipe, je pense que c’est ça que les clubs recherchent.

Justement, quel regard portes-tu sur les statistiques ?
Je ne regarde pas ça seul. Après les matchs, je regarde le nombre de kilomètres j’ai couru, le pourcentage de passes réussies et de dribbles réussis. Mon frère après chaque match me dit ce que j’ai fait et me montre des statistiques en plus.

Et en dessous de combien de kilomètres parcourus n’es-tu pas content de ton match ?
(Rires) Si je suis en dessous de 10,5 kilomètres, c’est que je n’ai pas trop couru et ça veut dire que je ne suis pas trop content de moi. Mais cette année, ça n’est pas encore arrivé, donc c’est bien !

"Le mercato ? Il y a eu beaucoup de bruits au début"

Tu as 22 ans, et tu n’es toujours pas sélectionné par Roberto Martinez. Es-tu impatient de rejoindre le groupe ?
Ça ne me dérange pas, je suis patient. Si ça doit arriver bientôt, ça arrivera bientôt. Je continue à travailler, à progresser, je ne me fais pas tant de soucis que ça par rapport à ça. Il y a énormément de concurrence. J’ai un profil différent des autres milieux, c’est vrai, mais je continue à travailler et espérons que ça arrive le plus vite possible…

L’an passé, tu étais encore en Bundesliga 2. mais pas mal de clubs t’ont eu dans le viseur. As-tu pensé à un départ ?
C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de bruits au début, mais Stuttgart a directement dit qu’il ne voulait pas me lâcher, qu’il avait eu besoin de moi pour monter. Ça a été très vite clair.

Comment as-tu réagi ?
Dans sa tête, on se dit toujours qu’on rate peut-être des belles occasions. Mais pour moi, quand ça ne se fait pas, ça veut dire que ce n’était pas le bon moment. Aujourd’hui, quand je regarde ce qu’il se passe pour le moment, je trouve que ce n’était pas une mauvaise idée !

Au rayon des clubs français, l’OL et l’OM faisaient partie des clubs intéressés. Peux-tu nous confirmer des contacts ?
Il y a eu des contacts, mais voilà…

Que penses-tu de ces clubs là ?
Lyon et Marseille, ce sont des clubs de prestige, qui jouent la Ligue des Champions. On ne peut pas parler mal de ce genre de clubs.

Est-ce que tu regardes la Ligue 1 ?
Je regarde pas mal de foot sur mes heures de repos. Je regarde le week-end souvent, avant nos matchs, je regarde le football français et le football italien. J’ai des potes qui jouent en Ligue 1, donc quand leur équipe joue, j’aime bien les regarder.

"Tous les jours, je vis mon rêve"

Jusqu’où tu veux aller ?
Il n’y a pas de limite. Il faut aller le plus haut possible ! Je suis ouvert à tout tant que le projet sportif suit.

Comment juges-tu les projets sportifs qu’on te propose ?
Il faut que tout soit droit. Si le coach t’aime bien et que le directeur sportif ne t’aime pas, ça ne marchera pas. Et l’inverse aussi. Ce n’est pas bon. Il faut que tout le club soit derrière toi et que le style de jeu de l’équipe te convienne aussi. Ce n’est pas seulement financier, il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en jeu car tu peux aller dans un club où tu gagnes beaucoup d’argent mais si le style de jeu ne te convient pas.. Tu es sur le banc et tu n’es pas content. Ce n’est pas une situation que je veux à mon âge.

Tu as un cocon familial qui t’aide à prendre des décisions…
J’ai ma famille, mon manager qui me donne des conseils avant et après chaque match. Je suis bien entouré par rapport à ce genre de choses. Depuis que je suis en Allemagne, c’est la même équipe autour de moi. Nous on est dans le projet sportif plus que l’argent car l’argent viendra tôt ou tard. Il n’y a pas à se presser pour ça.

Le regard des autres a-t-il changé sur toi ?
On va dire que mon nom commence à se connaitre de plus en plus. C’est positif ce qu’il se passe en ce moment. J’espère que ça va continuer comme ça.

Ce n’est pas difficile à gérer ?
Non non, ce n’est pas difficile pour moi car c’est pour ça qu’on joue au foot. On veut être connu, donner du plaisir aux gens, avoir des fans. C’est pour ça que je joue aussi. C’est un rêve qui est devenu réalité, et ce rêve je continue à le vivre. Tous les jours, je vis mon rêve et je suis très reconnaissant par rapport à ça…