Le Havre - Jamal Thiaré : "Ma progression doit passer par Le Havre" (exclu Madein)

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Le Havre - Jamal Thiaré : 'Ma progression doit passer par Le Havre' (exclu Madein)
Jamal Thiaré a prolongé ce vendredi son contrat avec le HAC. EXCLU MADEIN

L'aventure au Havre continue pour Jamal Thiaré, qui a prolongé ce vendredi son contrat avec le HAC jusqu’en 2023. L’occasion pour MadeinFOOT de se pencher sur le parcours assez singulier de l’attaquant sénégalais (26 ans). Il nous le raconte lui-même dans une interview, dont il profite pour évoquer le début de saison tout aussi particulier du club doyen, plus que jamais dans la course pour la montée en Ligue 1 malgré un énorme trou d’air de deux mois.


MadeinFOOT : Comment la carrière de Jamal Thiaré a-t-elle débuté ?
Jamal Thiaré : "Après avoir commencé à jouer au quartier, j’ai débuté à l’ASC Saloum. J’y ai fait quelques matchs en première division sénégalaise, mais j’ai eu des soucis. Je suis parti de là-bas et j’ai passé deux ans sans jouer."

Que s’est-il passé ?
"J'avais fait un essai à Toulouse et je devais y signer pro, à 17 ans. Mais il y a eu des histoires avec la sélection sénégalaise qui ont fait que ça a capoté. Je n’ai pas joué pendant deux ans, même si je me suis entraîné, je jouais un peu, mais pas en compétition."

Comment êtes-vous revenu dans le circuit ?
"Grâce à l’Académie SMASH (gérée par Nicolas et Xavier Benichou, qui l’accompagnent depuis dix ans, et qui a révélé d’autres joueurs sénégalais comme Pape Cissé de l’Olympiakos, ndlr). C’est grâce à elle que j’avais passé cet essai à Toulouse. Après deux ans, j’ai joué pour le CNEPS (club en partenariat avec l’Académie SMASH, ndlr), à 18-19 ans. Ça a tout de suite bien marché, je me suis bien senti dans ce projet. On a commencé à faire des stages, à Dakar et un peu partout au Sénégal, puis des essais en Europe : en Belgique, en Suisse, au Portugal... Et puis, ça a abouti avec le club de Charleroi en Belgique. Au début, ça a été, et puis je ne me sentais plus dans les plans du club. J’ai demandé à être prêté, mais je n’ai pas eu trop de choix. Je suis parti en France, en National, à l’US Avranches."

Votre première expérience en France. Comment s’est-elle passée ?
"J’ai fait quatre ans là-bas, avec des hauts et des bas. Plus de bas que de hauts… J’ai compris là-bas qu’il fallait que je fasse des sacrifices pour trouver ce qui me correspondait. Je voulais quelque chose en France, mais quand tu passes de Charleroi en Belgique à Avranches, au niveau des installations, du terrain… Au début, c’est ce qui m’a un peu freiné. Je me suis aussi coupé de ma famille, restée au Sénégal, j’ai perdu mon papa, j’ai été opéré de deux pubalgies. J’ai eu des blessures à répétition, parce que je n’étais pas bien dans ma tête."

C’est pourtant là-bas que vous vous êtes révélé.
"Je voulais sortir de là, avancer. Je devais faire des sacrifices pour ça. La dernière année (2017-2018), j’ai fini meilleur buteur avec quinze buts. J’ai eu plusieurs offres en Ligue 2 (Paris FC, Sochaux) et ailleurs en Europe (Grèce, Norvège). Je pouvais aussi retourner en Belgique, mais mon expérience là-bas m’en a dissuadé. Et puis, la proposition du Havre que m’a présentée mon agent Nicolas Benichou (il représente ses intérêts depuis le début de sa carrière, ndlr) m’a beaucoup plu et je n’ai pas hésité."

Comment s’est déroulé votre apprentissage de la Ligue 2 ?
"L’année dernière, comme c’était ma première année en Ligue 2, j’ai énormément appris. Cette année, je pense être sur le bon chemin. Je dois continuer sur cette lancée et on verra plus tard."

Vous avez prolongé votre contrat de deux ans, jusqu’en 2023. Pourquoi ?
"Parce que le projet reste le même : la montée. Depuis que je suis arrivé ici, l’objectif est de monter. Je pense que ma progression doit passer par ce club. Tout ce que j’apprends ici doit me servir pour plus tard. Il y a aussi un nouveau staff, des installations excellentes… Cette année, on doit essayer de finir dans les cinq premiers et on verra en fin de saison."

Qu’est-ce qui vous fait croire que ça marchera cette année ?
"Le staff et les joueurs qui ont été recrutés, ce n’est pas pour rester en Ligue 2. On a beaucoup de pression au niveau des supporters, du club. À chaque match, l’objectif est de gagner. On l’a fait en début de saison, puis on a eu un creux (huit matchs consécutifs sans victoire, ndlr), mais on s’est repris avec trois victoires d’affilée. On travaille dur, on sait ce qu’on veut et on mettra les moyens qu’il faut pour gagner notre place en Ligue 1."

Comment expliquer ce trou d'air entre mi-septembre et mi-novembre ?
"Huit matchs sans victoire, c’est quelque chose quand même ! On a perdu énormément de points. Je pense que cette période est due aux matchs internationaux, on a des joueurs qui partaient en sélection, les entraînements étaient moins intenses et tout ça s’est transféré sur les matchs. Mais le coach a su nous transmettre le bon discours, au bon moment."

À l’extérieur, Paul Le Guen renvoie l’image d’un entraîneur très calme, presque lisse. Comment est-il dans l’intimité du vestiaire ?
"Ce que vous voyez en dehors, c’est la même chose dans le vestiaire. C’est le même homme. Il n’a pas besoin de crier, il comprend les choses. Quand ça ne va pas, il t'amène dans son bureau, il te parle et t’explique les choses. Et ça, ça soulage les joueurs. Son discours fait la différence. Et puis, auparavant, il a fait des choses, au PSG, à Lyon, à Rennes, avec le Cameroun… Son CV parle pour lui."

Vous en êtes à 5 buts (et 3 passes décisives) en 19 matchs cette saison. Vous êtes-vous fixé un objectif à titre personnel ?
"Franchement, cette année, je n’en ai pas. On a déjà quelqu’un qui marque des buts (Tino Kadewere), il en est à quinze. Moi, je fais le sale boulot pour lui ! (rires) Ce qu’il est en train de faire, il le mérite amplement. Moi, je marque des buts aussi, je provoque des penalties. Si je continue sur cette lancée, je peux atteindre une quinzaine de buts dans la saison."

Ce rôle de faire-valoir à côté de Kadewaere, vous l’assumez ?
"Ça ne me dérange pas du tout ! Tant que l’équipe gagne, que les gens sont contents de moi, de ce que j’apporte sur le terrain ou quand je sors du banc, ça me va. Je rends service et ce n’est que du bonus pour tout le monde. Le coach m’a fait comprendre que je suis un élément essentiel pour le groupe et quand il a fait appel à moi sur les trois derniers matchs, j’ai donné satisfaction. Il faut que je m’appuie sur ça pour pouvoir faire plus et apporter à tout le monde."