à la une

Leeds - Les dix vies de Marcelo Bielsa

Considéré comme le meilleur entraîneur du monde par Pep Guardiola, et un génie par Diego Simeone, Marcelo Bielsa est sans aucun doute l'un des techniciens les plus marquants de ces vingt dernières années. Par sa folie pure et son amour insensé pour le football, l’Argentin s’est forgé une légende, à travers ses dix expériences. De joueur, à recruteur, puis sélectionneur et entraîneur, El Loco a imposé un style inédit, et une méthode de travail toujours aussi déconcertante.

Rosario, Argentine. C’est dans cette métropole que Marcelo Bielsa voit le jour pour la première fois, un 21 juillet 1955, dans l’une des familles les plus aisées du pays. 21 ans plus tard, alors que ses parents le voyaient en politique, il réalise son rêve le plus fou, en devenant joueur de football professionnel aux Newell’s Old Boys. Défenseur moyen, l’Argentin ne perce pas dans son club de coeur. Rapidement diminué par son genou, sa carrière s’arrête quatre ans plus tard, en 1980, après un échec dans le modeste club de l’Argentino de Rosario.

Son destin est alors brisé, alors que sa volonté la plus chère était de réussir une grande carrière. En 1982, Bielsa parvient à obtenir un poste dans la cellule de recrutement de Newell’s. Après avoir divisé la Province de Santa Fe en soixante-dix zones, il parvient à dénicher des futurs stars du football argentin, comme Gabriel Batistuta, Eduardo Berrizzo ou encore Mauricio Pochettino. Reconnu pour son travail de recherche millimétré, le Loco obtient en 1990 les reines de l’équipe première. A 35 ans, une nouvelle vie débute.

Pep Guardiola : "On est devant le meilleur entraîneur du monde"

Après deux titres de champions dès ses deux premières saisons, le trentenaire, désireux de nouveaux de challenges, vit ensuite des expériences peu concluantes au Mexique. Et alors qu’il avait enfin décidé de franchir l’Atlantique pour rejoindre l’Espanyol Barcelone en 1998, un coup de fil vient chambouler sa vie. Après seulement six matchs de championnat, la fédération argentine lui propose le poste de sélectionneur. Marcelo Bielsa n’hésite pas une seule seconde, et fonce vers son rêve.

Dès son arrivée à l’Albiceleste, le Loco fait part de son impressionnant savoir sur le jeu, et impose une philosophie de combat à ses hommes. "Bielsa est un génie. Sa personnalité est tellement forte qu'il parvient à transmettre ce qu'il veut", explique Diego Simeone. Mais lors du Mondial 2002, l’équipe d’Argentine vit un fiasco et subi une humiliante élimination dès les phases de poule. Les médias argentins incendient alors Marcelo Bielsa pour ses choix. Pourtant, deux ans plus tard en 2004, l’Albiceleste remporte le titre olympique. Ce sacre reste à ce jour le dernier de sa carrière. Et alors qu’il semblait au sommet, le Loco décide de tout plaquer, et annonce sa démission un mois plus tard.

L’Argentin reste fidèle à son surnom, et prend une décision radicale, en trouvant l’isolement dans un couvent pendant trois mois. Deux ans ans plus tard, en 2006, alors qu'il voyage à travers le monde pour mieux comprendre le football international, Pep Guardiola vient lui rendre visite à Rosario. Les deux hommes échangent pendant onze heures autour du football, dans les détails les plus extrêmes. "On est devant le meilleur entraîneur du monde. Il se moque de gagner ou de perdre. Bielsa fera progresser chaque équipe qu'il dirigera", exprime le Catalan.

En manque de son football, l’Argentin atterrit au Chili en 2007. Il reprend alors une équipe nationale plombée par des conflits en interne, et privée de Coupe du Monde depuis dix ans. Adulé par les supporters, il guide la Roja jusqu’en huitième de finale de la Coupe du Monde 2010, et revient en héros au pays. Et alors que tout semblait lui sourire, Bielsa quitte ses fonctions une nouvelle fois, après le licenciement surprise du président de la fédération chilienne en 2011.

Marcelo Bielsa : "Marseille est une des plus belles expériences que le football pouvait m’offrir"

Engagé par l’Athletic Bilbao, l’Argentin révolutionne son équipe et l’emmène jusqu'en finale de la Ligue Europa et de Coupe du Roi. Malheureusement, dans la même semaine, le club basque est balayé en C3 face à l'Atlético (3-0) et en coupe contre le Barça (0-3) de son ami Guardiola. Et encore une fois, après un échec si proche du but, Bielsa démissionne la saison suivante face aux piètres performances de ses joueurs.

Les bagages pliés, le Loco attend un an avant de retrouver des affaires. En 2014, l’Argentin est approché par Marseille et choisi d'y débuter une nouvelle aventure. En quelques jours seulement, il impose sa philosophie de vie. Depuis sa célèbre glacière installée au bord de la pelouse, il boit son café et replace ses joueurs au millimètre près. "Marseille est un souvenir inoubliable. Le Vélodrome, avec ses supporters, est une des plus belles expériences que le football pouvait m’offrir", raconte l'intéressé. Dans un 3-3-3-1 ultra-offensif, le plan de jeu de Bielsa ne tient qu’une partie de saison. Épuisés, les Olympiens s’effondrent à la 4e place. Le résultat final est comme à Bilbao très décevant. Un an après son arrivée en 2015, le Loco démissionne, au soir d’une défaite face à Caen. Les supporters marseillais restent encore et toujours marqués par le passage de l’Argentin.

Pourtant, c’est bien sa part d’ombre qui dit au revoir au Stade Vélodrome ce triste jour d’août. Le début d’un chemin de croix pour Bielsa. Entre 2016 et 2017, il réalise les deux pires expériences de sa carrière. A la Lazio, le natif de Rosario ne reste que deux jours, avant de rompre son contrat, vexé par le manque de franchise de son président. Un an plus tard à Lille, il enfonce ses joueurs dans une crise terrible, avant d’être licencié au bout de trois mois seulement. "Lille est le pire souvenir de ma carrière. Mon ego a été touché comme ce n’était encore jamais arrivé dans ma carrière", assure l’Argentin.

Alors, au lendemain de ces épisodes douloureux, Marcelo Bielsa parvient à reprendre du service en 2018, à Leeds, en deuxième division anglaise. En quelques semaines, le natif de Rosario transforme un club perdu depuis plusieurs années. Il oblige notamment ses joueurs à ramasser pendant plusieurs heures des détritus de la ville, pour prendre conscience des efforts fournis par leurs fans pour les voir à chaque match. Malgré une promotion en Premier League, manquée de peu la saison passée, le Loco reste au club. En tête à neuf journées de la fin, son destin devrait le mener en cas de reprise vers un nouveau rêve : celui de soulever un trophée, pour la première fois en club depuis vingt-cinq ans. A moins que sa folie, ne fasse encore plus rentrer sa carrière dans la légende du football.