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Jeudi 2 Avril

MHSC - Benjamin Lecomte : "Pour intégrer l'équipe de France, il faut jouer l'Europe..." (exclu Madein)

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MHSC - Benjamin Lecomte : 'Pour intégrer l'équipe de France, il faut jouer l'Europe...' (exclu Madein)
Benjamin Lecomte s'est confié à MadeinFOOT. MHSC FRANCE LECOMTE EXCLU MADEIN BENJAMIN LECOMTE

Les ballons pleuvent sur les buissons qui entourent les pelouses du centre d'entraînement de Grammont. Un peu plus loin, Benjamin Lecomte travaille son jeu au pied, du droit, et avec le vent qui souffle sur Montpellier en ce mercredi matin, faire preuve de précision de son mauvais pied relève de l’exploit. Laborieuse, cette séance spécifique révèle assez bien l’état d’esprit du gardien de 27 ans, constamment en quête de progression. Dans son jeu au pied, déjà bien développé grâce à son passé de joueur de champ, mais aussi dans son plan de carrière.

Conscient d’avoir franchi un cap en quittant Lorient pour Montpellier, l’été dernier, Lecomte n’est pas loin d’atteindre le suivant. Pré-convoqué pour le dernier rassemblement de l’équipe de France, en récompense d’une saison aboutie dans l’Hérault, l’ancien international U20 touche du doigt le maillot Bleu, mais considère avoir encore une étape à franchir avant de retrouver Clairefontaine : disputer une compétition européenne en club. C’est ce qu’il nous a expliqué au cours d’une interview dans laquelle il a accepté d’aborder tous les sujets. Sans prendre de gants…


MadeinFOOT : Benjamin, cette interview, on imagine que vous auriez préféré ne pas être physiquement capable de la faire ici, à Montpellier (mercredi, au lendemain de la victoire des Bleus en Russie). Etait-ce une déception de ne pas être appelé en équipe de France après avoir reçu votre première pré-convocation ?
Benjamin Lecomte : « Pas du tout. Si je parle de déception, je suis complètement fou. Je suis déjà très content d’avoir eu cette pré-convocation. Elle récompense le travail que j’ai fait cette saison et me donne envie de travailler encore davantage pour toucher du doigt l’équipe de France incessamment sous peu… Je suis vraiment content et sûrement pas déçu ! »

Depuis quand l’équipe de France est-elle devenue un véritable objectif pour vous ?
« Ce n’est pas une question d’objectif. Ce sont simplement le travail fourni et les performances réalisées dans la continuité qui vont faire qu’on peut être appelé, pré-sélectionné et ensuite sélectionné. Mon objectif, c’était de m’installer en Ligue 1 ; je pense que c’est fait. Maintenant, il faut que j'aille franchir les étapes du dessus, jouer la Ligue des Champions, les compétitions européennes, qui vont à mon avis pouvoir, peut-être, me faire intégrer l’équipe de France. »

C’est justement ce qui vous manque en comparaison aux trois derniers appelés (Lloris, Mandanda et Areola) ?
« Alphonse joue à Paris avec la Ligue des Champions, Steve joue l’Europa League à Marseille et Hugo est dans un très grand championnat et un très grand club. Aujourd’hui, je suis à Montpellier. On fait une très bonne saison, mais on ne joue pas de compétition européenne. Je ne suis pas dans la même dimension. »

Quelle analyse faites-vous des deux derniers matchs des Bleus, contre la Colombie et la Russie ?
« J’ai trouvé cette équipe peut-être un peu plus timide que d’habitude. Mais ça reste très, très fort. Au niveau offensif, je ne sais pas s’il y a mieux. C’est une grosse écurie, une équipe majeure de la Coupe du Monde. Il reste à trouver une équipe-type et je ne pense pas qu’il y en ait une. On a vu beaucoup de changements, notamment hier (mardi soir en Russie, ndlr). Le sélectionneur essaye beaucoup de choses, mais c’est normal, c’est de la préparation. Il faut essayer et être prêt le jour J. »

Vous citez souvent Marc-André Ter Stegen, le gardien du FC Barcelone, en exemple. Pourquoi ?
« Pour la qualité de son jeu au pied. Ce qu’il fait à ce niveau-là, c’est fou ! À l’image de Claudio Bravo quand il était au Barça puis à Manchester City, il fait partie des gardiens qui ont un jeu au pied extraordinaire, qui transforment le jeu en onze joueurs de champ et pas seulement dix joueurs plus un gardien. En plus de ça, il fait les arrêts. C’est un modèle de performance dans le sens où 90% de nos ballons dans un match sont joués au pied. Si un gardien arrive à casser des lignes avec son jeu au pied, il devient un avantage pour son équipe et lui l’est clairement. »

Cette nécessité de développer son jeu au pied est nouvelle dans le métier ?
« Bien sûr. Avant, ce n’était pas trop pris en compte. On demandait aux gardiens de balancer devant et point barre. Il a fallu des gardiens plus joueurs, un peu plus fous aussi, pour mettre ça en place. On s’est rendu compte qu’avec un gardien en plus de quatre défenseurs, c’est plus facile pour ressortir le ballon face aux attaquants. Dans ma formation, ça a toujours été comme ça. Je suis arrivé tard dans les buts (il était joueur de champ jusqu’à ses 14 ans, ndlr), donc je ne pouvais pas aller contre ma nature et tirer devant sans raison. De toute façon, je ne l’aurais pas fait, je suis trop joueur pour ça. Même quand je le fais maintenant, ça m’énerve un peu. J’essaie de trouver d’autres solutions. »

Dans quelle mesure votre passé de joueur de champ vous sert-il aujourd’hui ?
« Je veux participer au jeu. Il y a des profils d’équipes qui tirent devant, d’autres qui jouent. À Niort, on me demandait déjà de jouer, mais à Lorient avec Christian Gourcuff, on le faisait encore plus. Il m’arrivait de passer des semaines sans mettre les gants, parce que le coach me voulait sur le terrain. Ça me faisait travailler mon jeu au pied, mais aussi mes repères. Quand tu es dans ton but, tu n’as personne derrière toi. En situation de jeu, tu as du monde autour et c’est totalement différent. En match, ça offre des capacités de jeu sous pression, parce que ça peut arriver un attaquant qui presse plus fort, ou un mauvais contrôle qui te met en difficulté… Avoir cette sérénité permet de bien relancer et de gérer la situation. »

Ce jeu au pied est-il devenu votre principale force ?
« Je ne sais pas, mais c’est une caractéristique de mon jeu et je veux la garder. En plus, le foot évolue là-dedans, donc tant mieux. »

On pourrait croire que cet amour du jeu bien léché ne correspond pas à la philosophie de Michel Der Zakarian, souvent perçu comme un entraineur frileux…
(il coupe) « Mais c’est totalement l’inverse ! Les gens voient le coach comme quelqu’un de dur qui veut conserver une base défensive solide, mais pour bien attaquer, il faut avoir le ballon. La saison dernière, Montpellier avait le profil d’un attaquant comme Steve Mounié, qui pouvait dévier des longs ballons devant. On n’a plus ce profil, donc, maintenant, on nous demande de jouer. »

Cette défense à cinq a peut-être collé l’étiquette d’une formation trop défensive à votre équipe.
« Le coach a trouvé le système qui correspond le mieux à nos qualités. Je le pense sincèrement. Et puis, tout le monde parle de défense à cinq, mais pour moi c’est une défense à trois. On n’a pas de milieu excentré, ce sont Jérôme et Ruben (Roussillon et Aguilar, les latéraux, ndlr) qui ont ce double rôle, grâce à la base des trois centraux qui sont très solides. Prenons les équipes qui jouent à quatre derrière : quand les latéraux se projettent, un milieu de terrain vient s’intercaler entre les deux défenseurs centraux et on se retrouve avec une défense à trois. Cela revient au même ! On prend des risques, peut-être même plus que d’autres équipes, mais on parvient à rester solide défensivement. »

Vous avez tout de même encaissé plus de buts depuis la reprise (12 en 11 matchs en 2018, contre 13 en 19 matchs sur la première partie de saison). Comment l’expliquez-vous ?
« Par la volée qu’on a prise à Paris, déjà (rires). Ça rajoute quatre buts (4-0). Je pense qu’on a été moins performant, tout simplement. On a pris des buts en fin de match. Est-ce que c’est de l’excès de confiance ? Est-ce qu’on a levé le pied ? Je ne sais pas, mais c’est bien, parce que ça a remis tout le monde dans le droit chemin. »

Le manque d’efficacité offensive est, en revanche, un problème qui persiste depuis le début de la saison.
« Je n’aime pas trop parler de ça, parce qu’on en parle déjà assez souvent, mais sur le dernier match en l’occurence, c’est vrai que le problème est là (Montpellier a concédé le nul 2-2 après avoir raté plusieurs fois le but du break, ndlr). Mais on est un groupe, un collectif, donc il faut l’accepter et rester positif. Si, à la fin de la saison, on est là parce qu’on n’a pas été bon offensivement, il faudra faire les constats qui s’imposent, mais qui nous dit qu’ils (les attaquants) ne vont pas tout exploser sur les huit derniers matchs ? »

Comment se passe votre collaboration avec Teddy Richert, l’entraîneur des gardiens ?
« Quand je suis arrivé ici, je lui ai dit : ‘je sors d’une saison compliquée, je veux travailler et être mis en difficulté.’ Il m’a entendu et on continue de travailler comme ça, à l’image de la séance qu’on vient de faire. On n’a fait que du jeu au pied avec un vent énorme et que du mauvais pied. J’avais envie de balancer les ballons et de rentrer chez moi (rires). Mais ça fait partie du jeu. Qui me dis que je n’aurai pas de telles conditions en match ? Il est très pointilleux et ça tombe bien, parce que moi aussi. Il me met en garde par rapport à mes bonnes périodes, me rappelle que ça peut vite retomber, etc. Si je réalise une bonne saison, c’est aussi grâce à lui. »

Vous l’admiriez en tant que gardien, étant plus jeune ?
« Je ne dirais pas que je l’admirais, parce que je n’étais pas encore installé dans les buts quand il jouait. Mais, bien sûr, j’ai des images de lui, comme sur la panenka de Mickaël Landreau en finale de la Coupe de la Ligue (2004). On en a parlé ensemble, d’ailleurs. Je sais très bien qui il était et ce qu’il a fait en tant que gardien. Si tu aimes le foot, tu sais qui est Teddy Richert. »

Le ménage à trois avec Laurent Pionnier se passe bien ?
« Très bien même. C’est quelqu’un que j’adore sur et en dehors du terrain. Ce genre de personne, dans le milieu du foot, est extrêmement rare… »

En quoi ?
« En tout ! Dans sa sincérité, dans sa simplicité. J’aime les gens comme ça, simples, qui profitent de la vie et qui bossent. Il sait que je suis venu là pour ça aussi. Quand c’est dur pour lui et que je mets de l’intensité, il me suit et inversement quand c’est moi qui ai un peu la flemme. On est complémentaire et c’est pareil avec le jeune Dimitry (Bertaud). On se pousse et on progresse tous ensemble pour mettre le groupe en valeur. Si ça se passe bien cette année, c’est parce que ce groupe de quatre travaille bien. »

Il aurait pu y avoir un malaise entre vous à votre arrivée, étant donné que vous avez récupéré sa place de titulaire.
« Sauf qu’il n’est pas du tout comme ça. Je crois qu’on n’aurait pas pu mieux m’accueillir qu’il ne l’a fait. C’est aussi la première personne vers laquelle je suis allé. On avait déjà discuté l’année dernière après le match à Lorient et il m’avait dit que si je continuais comme ça, j’irais en équipe de France. Bizarrement, je me retrouve ici et je reçois une pré-convocation. Il doit être un peu médium notre Lolo ! »

En quoi le fait d’être le gardien de la deuxième meilleure défense de Ligue 1 promeut vos performances, dans l’esprit de Didier Deschamps notamment ?
« Je ne suis pas sûr que ce soit le cas. En revenant de mon prêt à Dijon (saison 2014-15), on s’était maintenu lors de l’avant-dernière journée avec Lorient et j'avais finis la saison en battant le record du nombre d’arrêts pour un gardien sur une saison de Ligue 1 : je n’ai rien reçu, parce que le sélectionneur regarde les équipes qui sont en haut. Aujourd’hui, je suis dans les gardiens qui font le plus d’arrêts et, en plus, on a la deuxième meilleure défense. Le constat n’est pas le même. Mais c’est un travail collectif. Sans mes défenseurs, je passerais des soirées cauchemardesques comme à Lorient, où je faisais plein d’arrêts mais on perdait le match quand même. J’avais besoin de me retrouver décisif avec peu de ballons à jouer. »

C’est ce qui vous fait penser que vous avez franchi un cap cette saison ?
« Oui. Et puis, dans les grands clubs, ça se passe comme ça, un gardien est jugé là-dessus. »

Quelle est la prochaine étape ?
« Pour moi, pour intégrer cette équipe de France, il faut jouer les compétitions européennes. Si c’est avec Montpellier, où on est encore en course pour, tant mieux ! Si j’atteins la sélection avec Montpellier parce qu’on s’est qualifié pour l’Europe, c'est parfait ! Maintenant, si c’est ailleurs parce que j’ai envie de jouer une compétition européenne, par rapport à mes ambitions et mes objectifs, ce sera à moi d’en juger. Pour l’instant, on n’en est pas là. »

Vous attendez-vous à être sollicité cet été ?
« Je n’y pense pas, parce que la priorité, ce sont les huit matchs qui arrivent. Huit matchs qui peuvent nous permettre d’accrocher une qualification européenne. Je veux jouer des compétitions européennes, je l’ai toujours dit. J’ai la possibilité de le faire avec Montpellier et si c’était le cas, ce serait royal. C’est le club qui m’a sorti de Lorient, je suis performant et je me plais à tous les niveaux ici, donc se qualifier pour l’Europe serait génial. Ça récompenserait mon travail, mais aussi celui du groupe et de tout le staff. S’il n’y a pas de qualification pour l’Europe, au vu de l’âge et des ambitions que j’ai et si j’ai l’opportunité de jouer une Ligue des Champions, ce sera compliqué de dire non. J’ai envie de progresser et je sais que pour atteindre ce cap de l’équipe de France, il faut aller là-haut. Après, il se peut aussi que rien ne se propose à moi… »

Le marché des gardiens est très particulier…
« Je n’irai pas jouer ailleurs pour être doublure. À partir de là, il n’y a qu’un poste dans une équipe, donc ce n’est pas parce que tu fais une bonne saison que tu as quelque chose derrière. C’est hyper complexe. En plus, il y a la Coupe du Monde qui retarde souvent les choses. Mais ce sont des discussions que doivent avoir le club et mes représentants et qui pourraient tout aussi bien ne pas avoir lieu. Même s’il n’y a pas de qualification européenne, je peux très bien rester ici. Parce que je m’y sens vraiment bien. »