à la une
Mercredi 1 Avril

MHSC - Jérémie Porsan-Clémenté : "on a tendance à oublier que je n'ai que 20 ans..." (exclu Madein)

Commentaire(s)
MHSC - Jérémie Porsan-Clémenté : 'on a tendance à oublier que je n'ai que 20 ans...' (exclu Madein)
Jérémie Porsan-Clémenté se confie MHSC EXCLU MADEIN PORSAN-CLéMENTé

Pour de nombreuses personnes, son transfert à Montpellier à l'été 2017 est passé inaperçu mais Jérémie Porsan-Clémenté, formé à l'Olympique de Marseille, ne fait pas attention aux critiques. Les seules qu'il écoute sont celles de Michel Der Zakarian, son entraîneur au MHSC, qui l'a motivé à changer de poste en devenant latéral droit. "Il a encore beaucoup de travail à accomplir dans beaucoup de domaines. Il a des qualités, un gros volume de jeu et de courses, de la vitesse, il est aussi bon techniquement. Mais il doit progresser tactiquement, dans beaucoup de domaines" a confié MDZ.

Des carences dont le principal intéressé a pleinement conscience. Au cours d'un entretien exclusif de plus d'une demi-heure, Jéremie Porsan-Clémenté nous a raconté son début de carrière à l'OM, sa remise en question, son transfert à Montpellier ou encore son changement de poste...


MadeInFOOT : Jérémie vous rappelez-vous de votre première apparition en pro de votre carrière ? Un OM-Montpellier à seulement 16 ans, en 2014-2015, sous les ordres de Bielsa…
Jérémie Porsan-Clémenté : "Oui, c’était contre Montpellier à 16 ans. J’étais en U17 et je suis passé en deux mois de 17 ans à la Ligue 1, devant 50 000 spectateurs. C’était un truc incroyable, extraordinaire. C’était le premier match dans le nouveau Vélodrome, avec Bielsa. Vraiment incroyable. C’est le rêve d’un joueur de commencer avec le club qui l’a formé."

C’est finalement un petit clin d’oeil au destin de signer l’an dernier à Montpellier…
"J’en parle souvent avec Daniel Congré, parce que j’avais eu deux duels avec lui lors de ce match là. J’ai des photos d’ailleurs de ces duels là du coup on en parle souvent et on en rigole."

Maintenant, avec du recul, avez-vous des regrets de ne pas avoir réussi à vous imposer à Marseille ?
"Je pars du principe que dans la vie, il ne faut rien regretter. Après c’est sûr qu’avec du recul, je n’aurais pas fait quelques petites erreurs mais je n’ai aucun regret. C’est le club qui m’a formé, m’a lancé dans le monde professionnel, qui m’a offert mon premier contrat pro. Je les remercie d’ailleurs."

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos « petites erreurs » ?
"C’est d’avoir cru que j’étais déjà arrivé en haut, alors que ça ne faisait que commencer. Je me suis trop reposé sur mes lauriers aussi. Quand t’es au contact des Gignac et tout, eux ils ont 400 matchs en L1 et moi 1 ou 2… Pourtant je me croyais au même niveau qu’eux, c’est ça l’erreur. Alors qu’en fait, c’était tout le contraire, je devais redoubler d’efforts, travailler encore plus et plus me concentrer. Les cadres et Bielsa m’ont aidé car ce n’était pas évident pour moi. Je suis passé d’une année où je m’entraînais avec les 17 ans à quelques entraînements avec les pros… J’ai vraiment découvert le monde pro à partir de la préparation estivale avec Bielsa. Je n’avais pas l’habitude des charges d’entraînement, tout ça. C’était vraiment un nouveau monde que je découvrais."

Est-ce difficile à encaisser pour un jeune ?
"J’ai été repéré en faisant une détection en Martinique et je suis venu à 12 ou 13 ans à Marseille au centre de formation. C’était difficile à gérer, tu découvres la Métropole, tu quittes le soleil pour le froid. J’étais vraiment tout seul, je n’avais pas mes frères et sœurs. Ma famille était loin, à 8000 km de moi, ce n’était pas évident. Mais Gignac et Payet m’ont pris sous leurs ailes. Ça a été beaucoup mieux après… Maintenant, au fil des années, j’ai pris l’habitude. Je ne vais pas dire que la Martinique ne me manque pas, c’est mon île, là où je suis né, mais je me sens beaucoup mieux en France qu’auparavant."

Étant donné que vous avez démarré votre carrière de manière précoce, on oublie vite que vous n’avez que 20 ans…
"C’est sûr, je suis tout jeune mais en même temps je suis un peu vieux (rires). Les gens ont tendance à oublier que je suis jeune, ils attendent énormément de moi, mais ça fait partie du foot, voilà…"

Une remise en question a-t-elle été effectuée en arrivant à Montpellier ?
"Je me suis remis en question sur le travail au quotidien. Je n’aime pas parler comme ça de moi puisque ça peut paraître prétentieux, mais les qualités je les ai. C’est dans ma manière de travailler que je me suis remis en question."

Est-elle liée à Michel Der Zakarian ?
"C’est d’abord une initiative personnelle, et après j’ai compris ce que le coach attendait de moi et ce qu’il demandait aux joueurs de faire. C’est à dire être professionnel de A à Z."

Quand on le voit en conférence de presse, on a l’impression que Der Zakarian ne rigole pas…
"Non, ça ne rigole pas avec lui ! Ce n’est pas l’armée non plus (rires) mais ça ne rigole pas."

En plus des méthodes de travail, vous avez aussi changé votre poste puisque vous évoluez, maintenant, en tant que piston droit d’une défense à 5. À quoi est dû ce repositionnement ? Une demande de Michel Der Zakarian ou un choix personnel ?
"Le coach est venu me voir et m’a dit : ‘oui Jérémie, je pense que tu as toutes les qualités possibles pour jouer à ce poste là’. Ça s’est fait comme ça… Je n’étais pas réticent parce que c’est le coach, si il te dit ça c’est qu’il croit en toi. Moi je ne demandais qu’à jouer, donc même gardien je jouerai (rires). J’avais des a priori vis à vis de ce poste-là car j’ai toujours été formé en tant qu’attaquant, en tant qu’ailier. Maintenant, devoir défendre, me placer, faire attention, c’était au niveau défensif que j’avais des appréhensions. Offensivement, j’étais plutôt serein."

C’est vrai qu’offensivement, cette défense à 3 permet aux latéraux d’apporter le surnombre...
"On nous demande souvent de prendre le couloir et d’amener le surplus dans la surface de réparation et d’apporter le danger. Ce poste me plait, c’est un bon poste pour moi, surtout dans le domaine offensif. Après il faut savoir bien défendre. Je m’inspire forcément des titulaires en question, je suis très proche de Pedro Mendes, il me donne beaucoup de conseils à l’entraînement et en matchs. C’est un très très bon mec, on s’est liés d’amitié."

J’imagine que vous avez dû travailler tactiquement pour gommer vos anciens réflexes d’attaquant. Quels ont été vos axes de travail ?
"J’aime attaquer, provoquer, dribbler, j’ai été formé comme attaquant. Du coup, dès qu’on passe d’une phase défensive à une phase offensive, je me jette tout de suite vers l’avant, je me projette trop vite alors que la situation n’a pas lieu d’être. Donc oui, j’ai dû beaucoup travailler tactiquement et je dois encore travailler pour pouvoir me perfectionner à ce poste là. Je suis très attiré par le ballon et par le but adverse surtout."

Comment vous considérez-vous ? Comme un ex-attaquant repositionné comme latéral ?
"Je me considère comme quelqu’un de polyvalent, mais surtout comme un attaquant qui peut jouer latéral. Mais je me considère vraiment comme un joueur de couloir."

Comment jugez-vous votre progression depuis votre arrivée ici ? Fidèle à ce que vous espériez ?
"Oui et non ! Non, parce que je ne m’imaginais pas changer de poste. Mais oui, car je suis arrivé de base pour évoluer avec la CFA et je devais faire mes preuves. J’ai fait mes preuves, j’ai commencé à être dans le groupe, j’ai joué mon premier match titulaire puis j’ai été appelé en Équipe de France. Cette année, je suis très souvent dans le groupe. Je suis content de ma progression, je savais qu’avec mes qualités, si je faisais du bon boulot, j’allais être récompensé. Après, en tant que compétiteur, on veut beaucoup plus jouer mais l’équipe est en place, on gagne, on est troisième du championnat donc tout est bien pour nous."

N’était-ce pas trop dur pour votre égo de quitter l’OM avec un statut de grand espoir et arriver à Montpellier pour jouer avec la CFA ?
"Non, le foot est comme ça, ça va vite dans un sens comme dans l’autre. Un jour tu peux être au fond du trou et le lendemain au sommet de la montagne. Si j’ai fait le choix de venir à Montpellier, c’était parce que j’étais préparé mentalement. J’ai commencé la saison en jouant en tant qu’ailier. Après ma discussion avec le coach pour changer de poste, j’ai débuté les matchs dans le 5-3-2 en tant que latéral. Puis j’ai terminé la saison avec mon premier match en Ligue 1 sous les couleurs du MHSC face à Rennes, lors de la 38ème journée."

La transition est toute trouvée… L’an passé, vous n’avez joué qu’un match, le dernier de la saison contre Rennes (et 5 apparitions dans le Groupe). L’attente n’était-elle pas trop dure ?
"Forcément, on est jeune, on voit nos coéquipiers partir en déplacement et jouer. Donc forcément on a envie de jouer. Mais j’ai pu faire mes preuves en CFA et j’ai montré que le coach pouvait faire appel à moi. À Marseille, j’ai fréquenté pendant 3 ans des Mendy, Gignac, Payet… Tu attends aussi ton tour et tu sais que c’est encore plus bouché là-bas, du coup la patience je l’avais. Tu apprends à te canaliser, à ne pas être trop pressé. Si tu travailles, je ne vois pas pourquoi tu n’aurais pas ta chance."

Justement, le fait d’être pressé, c’est ce qui vous a causé du tort à Marseille…
"Oui, le fait d’être pressé, de vouloir tout vite. Voilà, on est jeune, on a envie de jouer, envie de prouver et de montrer ce qu’on vaut mais des fois ce n’est pas le bon moment. Et on a du mal à le comprendre en tant que jeune..."

L’an dernier, vous étiez en concurrence avec Nordi Mukiele et Ruben Aguilar. Deux sérieux concurrents…
"Je n’étais pas en concurrence avec eux car je savais que l’équipe était en place et moi je devais m’imprégner de ce poste. Cette année, oui je suis en concurrence avec Ruben. Mais l’an dernier, j’étais plutôt dans un rôle d’apprentissage et de découverte du poste."

Cette découverte est plutôt gagnante puisque vous avez décroché une convocation avec la France U20 en toute fin de saison dernière. Une fierté ?
"Je ne m’y attendais vraiment pas du tout. Il faut savoir que j’avais été sélectionné pour jouer devant, pas derrière, mais vu que j’ai joué le match contre Rennes en piston droit, le sélectionneur est venu me voir après pour discuter de mon poste. ‘Jérémie, tu peux jouer aux deux postes’. Et le premier match, je l’ai commencé arrière droit. Dans ma tête, je me suis dit ‘pas de soucis’. Je ne vois pas quel joueur aurait dit non en fait, tu es en Équipe de France, tu représentes ton pays... Ça s’est plutôt bien passé pour moi mais après je me suis fait une fracture du cinquième métatarse…"

Avec votre temps de jeu très faible l’an passé, n’avez-vous pas pensé à un départ ou un prêt cet été ?
"Non, le club n’a pas voulu. On m’a fait comprendre que l’on comptait sur moi cet été, après le retour des vacances. Là je suis en fin de contrat en juin, on verra de quoi est fait l’avenir."

Et vous n’avez pas encore évoqué votre cas personnel avec les dirigeants ?
"Si si, j’ai des discussions et voilà… Je suis bien à Montpellier mais on ne sait pas de quoi demain est fait."

Cette saison, vous comptez déjà une titularisation (face à Nantes, en CDL) et vous faîtes partie du groupe une fois sur deux. Ça doit vous rassurer vis-à-vis de votre place dans le groupe…
"C’est sûr que quand le coach te convoque, ça veut dire qu’il a confiance en toi. Ce match face à Nantes ne s’est pas très bien passé, il y a eu une défaillance collective mais on a su relever la tête le match suivant. Ça me rassure, mais je suis quelqu’un qui ne doute pas. Comme je vous ai déjà dit, si tu travailles, t’es récompensé tôt ou tard."

Ruben Aguilar a disputé 13 rencontres sur 14. Ne regrettez-vous pas le léger manque de turn-over du coach à ce poste de latéral droit ?
"L’équipe gagne, on est troisième du championnat, je ne vois pas pourquoi le coach changerait une équipe qui gagne. Après, au fond de moi j’espérais et j’espère pouvoir jouer plus parce que je pense que je démontre pas mal de choses aux entraînements. Mais je suis d’accord sur le fait que l’équipe ne bouge pas."

Ruben Aguilar a pourtant eu un petit coup de mou au début de saison…
"Mais moi, au début de saison, j’avais toujours ma fracture au cinquième métatarsien. Maintenant je suis guéri, je vais très bien !"

On va revenir sur cet excellent début de saison du MHSC… Si vous êtes 3ème à l’heure actuelle, le plus dur arrive maintenant, avec Paris, Lille et Lyon dans ce mois de décembre.
"C’est sûr que le plus dur arrive maintenant, mais il faut se rappeler que l’an dernier, on a pris des points face à ces équipes là. On a fait un très bon début de saison donc il ne faut pas nous sous-estimer. Après, c’est sûr que ça reste des gros matchs face à de très grosses équipes, qui ont un plus gros budget que nous, mais on a confiance en nous et on va essayer de les titiller."

L’an dernier, le MHSC n’était pas trop attendu. Désormais, votre défense à 3 est réputée.
"Disons que l’an dernier, on était un peu la surprise. On a eu un nouveau système, on a commencé à gagner des matchs et à faire déjouer les équipes… Mais on a bien vu que ce n’était pas un coup de chance puisqu’on reproduit le même type de prestation cette année. C’est sûr qu’on est beaucoup plus attendu désormais, mais les adversaires savent que lorsque l’on vient jouer, ou qu’elles se déplacent à Montpellier, ce ne sera pas facile."

On imagine que Michel Der Zakarian est là pour calmer la potentielle euphorie dans le vestiaire...
"On ne s’enflamme pas, on fait notre petit bonhomme de chemin, on a confiance en nous et on verra bien où on finira à la fin de la saison mais on ne s’enflamme pas du tout."

Si le vestiaire est confiant, est-ce que l’Europe est un sujet de discussion ?
"Non, non, non (il coupe). C’est encore loin, on n'est qu’au début du championnat. Il reste une vingtaine de journées. On ne sait pas de quoi demain est fait. Comme j’ai dit, dans le foot ça va vite..."

Le mercato estival a permis au club de se renforcer avec des joueurs d’expérience comme Delort, Mollet, Laborde, Le Tallec et Skuletic. Désormais, il n’y a plus tellement de jeunes avec vous dans l'effectif comparé à l’année dernière (Ikoné, Mukiele sont partis cet été)…
"Leurs arrivées nous ont fait beaucoup de bien, sur et en dehors du terrain. Dans le vestiaire, il y a plus de voix qui portent, de voix qui donnent des conseils. On prend exemple sur eux et leur comportement au quotidien. C’est top ! Quand on voit Gaëtan et Andy qui ne lâchent rien sur le terrain, en tant que jeune ça te pousse à te surpasser. Si tu veux prendre leur place, quand tu les vois s’entraîner ou jouer, tu te dis ‘ah ouais quand même ! Il faut que tu fasses beaucoup plus’. Donc du coup, tu te donnes à 3000%, c’est ça qui est bien. Ces joueurs-là te tirent vers le haut."

Et dans le vestiaire, avec qui êtes-vous le plus proche ?
"Je suis vraiment proche de Pedro, comme j'ai dit tout à l’heure, Benjamin et Junior, mais je m’entends très très bien avec tout le monde."

La défaite contre Angers avant la trêve vous a servis, en quelque sorte, de piqûre de rappel...
"Voilà, ça nous montre qu’il ne faut pas s’enflammer. À tout moment, on peut être dans un jour sans ou ne pas être très très bon et on peut vite redescendre. C’est une chose à ne pas reproduire."

Vous avez vécu un beau moment cette saison sur le banc : le derby contre Nîmes et la victoire… Comment pouvez-vous nous décrire ce match ?
"Dans la ville, tout le monde parlait de ce match-là, il fallait montrer et répondre à l’appel des supporters. Il fallait montrer qu’on était le MHSC et qu’on ne rigole pas ! Ça nous a donné un surplus de confiance, ça nous a boostés pour montrer qu’on arrivait à faire de belles prestations. Ça nous a mis en confiance."

Autre victoire forte du MHSC, celle contre Marseille à la Mosson. Malheureusement pour vous, vous étiez en tribune contre votre club formateur…
"J’étais un peu déçu de ne pas être convoqué mais ce sont les choix du coach. On a gagné, on était deuxième ce soir-là, j’étais très content pour l’équipe. J’aurais aimé jouer contre les Marseillais vu que je les connais tous ou être dans le groupe, mais la victoire a effacé la déception."

D’ailleurs, il y a quelques mois, un ancien de la Commanderie vous a rejoint à Montpellier en la personne de Bilal Boutobba. Avez-vous joué un rôle dans sa venue ?
"Non pas du tout. On parlait, mais pas de Montpellier. On parlait de tout et de rien, puis il m’a raconté qu’il allait signer. Je n’étais pas au courant. On a joué ensemble 4-5 ans, c’est un bon pote. Il joue avec la CFA pour le moment, il revient bien. Si on sera bientôt tous les deux dans le groupe ? C’est ce que j’espère, ce que je souhaite."

Et pour finir, que peut-on vous souhaiter pour la suite ? Plus de temps de jeu ou une place européenne avec Montpellier ?
"Les deux ! Autant faire d’une pierre deux coups."

Si vous avez plus de temps de jeu et/ou une place européenne, vous prolongez à Montpellier ?
"Euh… (rires)."


NB : L'entretien a été réalisé vendredi 23 novembre, avant qu'il se blesse avec la CFA le week-end dernier, à nouveau au 5ème métatarsien.