MHSC - Joris Chotard : "Ça peut redescendre aussi vite que c'est monté" (exclu Madein)

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MHSC - Joris Chotard : 'Ça peut redescendre aussi vite que c'est monté' (exclu Madein)
Joris Chotard est en pleine ascension depuis le début de saison. EXCLU MADEIN

Il est arrivé dans la salle de presse de Grammont, où nous l'attendions avec un confrère du Midi Libre, une grosse demi-heure après la fin de l’entraînement, vendredi matin. Douché, la mèche relevée, il a pris le temps de s’apprêter pour sa première interview à la presse. Joris Chotard est pourtant un homme pressé. Entre début août et fin octobre, le natif d’Orange a tout connu, de sa première en Ligue 1 à son premier but à La Mosson, en passant par son premier contrat pro, paraphé le jour de ses 18 ans.

Déjà considéré comme l’une des révélations de ce premier tiers de saison en Ligue 1 (8 matchs, dont 6 comme titulaire), le jeune homme reçois un plébiscite qui pourrait faire perdre la tête à certains. Mais la sienne est bien faite et il sait que son aventure, même si elle a pour l’instant tout du conte de fées, ne fait que commencer.


MadeinFOOT : Vous suscitez beaucoup d’attentes, de curiosité au moins. Comment le vivez-vous ?
Joris Chotard : "Je suis jeune et je joue en pro, donc c’est normal qu’il y ait de l’intérêt, qu’on veuille m’interviewer. Je le vis bien, je sais que ça fait partie du foot, tout ce qui est médiatique, les passages télé, les vidéos sur nous…"

Vos coéquipiers, le coach, vous conseillent-ils sur cet aspect, le rapport aux médias ?
"Non, non, je réponds aux questions comme je le pense. Il n’y a pas de question à se poser sur ce que je dis. Je réfléchis quand même avant de parler, pour ne pas dire n’importe quoi. Mais il n’y a aucune appréhension."

Ce relâchement vient-il de votre caractère ?
"De base, je suis plutôt timide. Mais quand on me pose des questions, j’y réponds normalement, comme je le pense. Je suis assez posé donc je réfléchis quand même à ce que je dis pour ne pas dire n’importe quoi."

Vous avez connu votre baptême chez les pros lors de la première journée de L1, face à Rennes (0-1). Comment avez-vous vécu cette première ?
"Dans la semaine, le mercredi ou jeudi lors de la mise en place, le coach m’a mis avec les titulaires. Puis il m’a beaucoup parlé, m’a dit de jouer comme je savais le faire. J’appréhendais un peu de jouer devant autant de monde, j’avais un petit peu de pression au début du match, puis, au fur et à mesure, je me suis dit que ce n’était qu’un match de foot et je me suis libéré."

Avez-vous aussi l’impression de vous libérer au fil des matchs ?
"J’ai moins de pression, je prends confiance sur le terrain. Jouer devant autant de monde, c’est aussi quelque chose sur lequel j’ai dû prendre des repères. Mais au fil des matchs, tout le monde m’encourage, m’aide et ça donne de plus en plus de confiance."

Le grand saut chez les pros vous paraît-il plus facile que ce que vous imaginiez ?
"Non, pas forcément. Cela demande beaucoup de concentration, d’application et il ne faut pas faire d’erreur à ce niveau-là."

Quels aspects du jeu en Ligue 1 vous ont surpris ?
"C’est forcément un peu plus costaud puisqu’on joue contre des hommes, pas des jeunes de notre âge. Certains pourraient être mon père ou ma mère (sourire). Ensuite c’est dans le rythme que ça change, il y a peu de temps morts, beaucoup de transitions."

Et un peu plus d’espaces ?
"Oui beaucoup plus, suivant les matchs et les équipes aussi. Du coup, on a parfois plus de temps pour regarder, analyser le jeu, pouvoir se retourner et avoir le jeu de face. Ça facilite la prise de conscience et de confiance sur le terrain."

Quel est votre vrai poste, sentinelle, relayeur, meneur ?
"De base, je joue sentinelle. Mais je me projette beaucoup en match donc je peux aussi jouer en relayeur ou même en dix (meneur)."

Depuis votre première apparition avec les pros, lors du match amical à Gérone (le 3 août), vous avez vécu votre première titularisation en L1, fêté vos 18 ans, signé votre premier contrat professionnel, marqué votre premier but… On peut même ajouter le Bac (filière scientifique, sans mention). Comment avez-vous vécu cet enchaînement ?
"C’est vrai que ça fait plaisir parce que tout arrive en même temps. Mais ce n’est pas parce que tout est bien en ce moment que ce sera toujours le cas. Je reste conscient qu’il faut toujours travailler, rester la tête sur les épaules, parce que ça peut redescendre aussi vite que c’est monté. Je continue à bosser. Je profite quand même, parce que ce sont de grands moments, mais je bosse. Mes parents, ma famille m’aident énormément. Mes agents (Jean-Christophe Cano et Franck Sylvestre) aussi me parlent."

De tout cet enchaînement, quel était l’événement le plus fort ?
"Honnêtement, je ne saurai pas vous dire si un événement est au-dessus des autres. Je les apprécie tous. Ils sont différents mais tous forts. J’en ai vraiment profité."

Avez-vous bien dormi la nuit entre la signature du contrat pro (24 septembre, le jour de ses 18 ans) et le derby face à Nîmes (victoire 1-0 le 25 septembre) ?
"Ah oui, il fallait. Je n’allais pas arriver avec des poches sous les yeux ! (rire) Il y avait beaucoup d’excitation. Je ne savais pas quand j’allais signer ce contrat. Que ça arrive le jour de mon anniversaire, c’était un beau cadeau. Puis le derby le lendemain et toutes les attentes des supporters sur ce match… Mais j’ai quand même bien dormi (sourire)."

Peu de jeunes du MHSC ont percé sur les trois ou quatre dernière saisons. Cela vous rend-il encore plus fier d’y parvenir ?
"Je suis content de percer jeune. Mais ce n’est pas non plus une compétition entre nous. C’est une fierté d’y arriver mais si d’autres y parviennent, je serai aussi fier. Pour moi, il y a eu des concours de circonstances avec des blessures qui m’ont permis d’avoir du temps de jeu. Ensuite, j’ai joué comme je sais le faire et le coach a continué à me faire confiance."

Cet été, on a beaucoup parlé des transferts de Téji Savanier et Jordan Ferri, milieux eux aussi. Comment avez-vous réagi à leurs arrivées ?
"Je savais que c’était des très bons joueurs, donc c’est bien pour le club. Mais je savais aussi qu’il était difficile d’avoir du temps de jeu quand de tels joueurs arrivent. Comme je l’ai dit auparavant, j’ai continué de bosser pour me faire ma place."

Vous sentiez-vous déjà concerné par ces arrivées, alors que vous n’étiez pas encore dans l’effectif professionnel ?
"On a forcément l’objectif de monter. Quand on voit des milieux arriver, on pense aussi à soi, quand même. Mais en réserve ou avec les pros, j’ai bossé en essayant de me faire ma place dans le groupe pro tous les jours."

De ces deux joueurs, Ferri et Savanier, auquel vous identifiez-vous le plus dans le jeu ?
"Un peu des deux car Téji est très, très technique, voit bien le jeu, tandis que « Jo » est plus sur l’homme, un peu plus dur. Moi, j’essaye d’organiser un maximum et d’être dur sur l’homme. Quand on a de tels joueurs à côté, il faut profiter d’eux, de leur expérience, de leur manière de s’orienter, de voir leur jeu avant tout le monde."

Ferri semble vous prendre un peu sous son aile…
"Dès mon arrivée, lors du premier entraînement, je me suis retrouvé dans son équipe dans un jeu réduit. Depuis on s’entend très bien. En plus, on habite à peu près au même endroit dans le Vaucluse. C’est mon ami dans le vestiaire et en dehors."

On sent que vous aimez le jeu mais aussi défendre. Où allez-vous chercher cette agressivité ?
"Je l’ai toujours eu je crois, que ce soit en U17, en U19. Cette agressivité, cette envie de faire mal à l’adversaire dans le bon sens du terme, de récupérer, d’aller fort sur l’adversaire. En plus, là en L1, je sais qu’ils sont plus costauds, plus grands que moi et qu’il faut donc aller encore plus fort, passer l’épaule, être plus agressif."

Quels ont été vos modèles ?
"J’aime beaucoup Sergio Busquets, de Barcelone. Il est toujours tranquille, voit avant tout le monde et possède une qualité technique incroyable. Pour les équipes, c’est le Barça époque Guardiola. C’est le moment auquel j’ai vraiment connu le foot. Ce beau jeu, le tiki taka, ces redoublements de passes, cette possession, c’était quelque chose de beau."

Beaucoup de joueurs confient avoir besoin d’une coupure en rentrant chez eux et ne pas regarder de matchs à la TV. Ce n’est donc pas votre cas...
"Le maximum de matchs, même si c’est un match de Ligue 2, n’importe quel championnat, je regarde !"

Les épopées des Bleus, par exemple en 2006, vous ont-elles marqué ?
"J’en ai de brefs souvenirs parce que j’étais quand même petit (né en septembre 2001). Mais je me rappelle de la déception de perdre cette finale. Plus récemment, je me souviens de l’Euro 2016 et du Mondial 2018 bien sûr."

2008, 2010 ne vous ont pas trop dégoûté des Bleus ?
"Non, parce que je n’avais pas encore conscience de tous ces événements. Et je ne regardais pas forcément."

Si on vous dit 2012 et Montpellier ?
"C’est le titre de champion de France. J’étais au Pontet, mais j’avais suivi. C’était très beau ce que faisait Montpellier, en plus contre le PSG déjà racheté. C’est toujours bien d’avoir une autre équipe française qui peut remporter le championnat, en plus avec tous ces ingrédients à chaque match, cette réussite provoquée par l’agressivité, l’envie. Ça donnait vraiment envie."

Le MHSC est ensuite venu vous chercher, en 2016. Ce titre a-t-il pu jouer dans votre envie de venir dans l’Hérault ?
"Non, je savais que c’était un très bon centre de formation qui sortait pas mal de jeunes. Autant sur le foot qu’à l’école parce que c’était important aussi. On sait très bien que tout le monde n’arrive pas au haut niveau. Donc c’était très bien d’avoir le meilleur sur les deux aspects."

L’OM aussi vous avait contacté. Ce choix de rejoindre Montpellier a donc été guidé par la réussite de la formation au MHSC ?
"Oui et je savais que l’OM n’avait pas un meilleur centre. Les rumeurs sur ce centre de l’OM n’étaient pas bonnes, on me l’a déconseillé. L’intérêt fait plaisir mais mon choix se portait vers Montpellier."

L’OM est un club que vous supportiez, étant du Vaucluse ?
"Oui, j’ai toujours été un supporter. Mais maintenant, même si je le suis encore et qu’il faut gagner 6-0 au Vélodrome, je le ferai."

Quelle relation aviez-vous avec le foot, tout petit ?
"Mon père a été en centre de formation, à Alès. Tout petit, à 4 ans, j’ai débuté à Sainte-Cécile, un petit club à côté d’Orange, et depuis je n’ai jamais arrêté. J’ai de suite accroché. En fait, je ne marchais même pas encore que je tapais déjà dans tout ce qui était rond. Donc je savais que c’était le foot et rien d’autre. J’ai fait un an de tennis, mais seulement parce que je ne pouvais pas encore faire de foot. D’ailleurs, un jour, le prof de tennis m’avait demandé pourquoi avoir choisi ce sport. Je lui avais répondu : 'Parce que je ne peux pas encore faire de foot' (rire) Il était dégoûté."

Avez-vous évolué à d’autres postes ?
"Je jouais souvent 6 mais sur petit terrain, je jouais en position de défenseur central lors des gros matchs."

Vous êtes international U19. Quels sont vos objectifs internationaux à court terme ?
"C’est un bonheur, un honneur, une fierté de représenter son pays. On a la chance de faire partie des 20-30 meilleurs joueurs de France donc ça représente beaucoup. Il y a l’Euro l’an prochain (juin-juillet) en Irlande du Nord, pour lequel il ne nous manque qu’un tour à franchir (le tour élite au printemps 2020, ndlr). Et ensuite aller le plus loin possible dans cette compétition."

Êtes-vous prêt à ne pas avoir de vacances ?
"S’il faut faire du foot toute ma vie sans m’arrêter, je le fais (rire)."

Rejoindre les A est-il un objectif auquel vous aspirez ?
"C’est étape après étape. Pour tout footballeur, c’est un rêve de représenter son pays en A. Quand on voit tous ces grands joueurs aujourd’hui en Bleu, on a forcément envie d’être à leur place dans ces grands matchs, ces grandes compétitions. Donc c’est dans un coin de la tête, mais ça se fera étape après étape et, avec le travail, on y arrivera."

Vous avez marqué en Coupe de la Ligue votre premier but en pro. Qu’avez-vous ressenti ?
"J’étais très content, voir tous les supporters célébrer… Sur le coup, je ne savais pas trop quoi faire. J’ai fait une célébration pour en faire une (rire). J’étais excité ! Quand j’ai réalisé ce que je faisais, je me suis dit 'mais qu’est-ce que tu fais ?'."

En avez-vous préparé une pour votre prochain but ?
"Non même pas (rire). Ça repartira peut-être comme la dernière fois !"