MHSC - Michel Der Zakarian : "La meilleure équipe que je n'ai jamais entraînée" (exclu Madein)

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MHSC - Michel Der Zakarian : 'La meilleure équipe que je n'ai jamais entraînée' (exclu Madein)
Michel Der Zakarian et le MHSC élèvent leurs ambitions. EXCLU MADEIN

On se régale à Montpellier. Au stade de la Mosson, où Andy Delort et ses coéquipiers offrent à leur public des matchs généreux, pimentés et parfois enivrants, mais aussi au Mas Saint-Gabriel de la famille Nicollin, cadre somptueux des traditionnelles photos officielles organisées mardi dernier par le MHSC, qui avait proposé à ses convives un buffet de fin gourmet. Après y avoir allègrement goûté, Michel Der Zakarian nous a rejoints et s’est mis à table, au sens figuré cette fois. Durant près d’une demi-heure d’interview, l’entraîneur Montpelliérain a parcouru différents sujets, du dernier marché des transferts à sa gestion des jeunes joueurs, en passant évidemment par le début de saison de son équipe, qu’il estime mieux armée que jamais pour jouer le haut du tableau.


MadeinFOOT : Vous occupez la 12e place de Ligue 1 après cinq journées, avec deux victoires, un nul et deux défaites. Quel bilan faites-vous de ce début de saison ?
Michel Der Zakarian : "Ç’aurait pu être mieux, mais on peut toujours faire mieux. Et ç'aurait pu être pire aussi. Le match de Nantes me laisse le plus de regrets par rapport à la prestation qu’on a faite. Contre Rennes, on n’a pas été efficace alors qu’on a fait du jeu et qu’on s’est créé des occasions."

Vous êtes sur les mêmes bases que l’an dernier à pareille époque. Vous signeriez pour une 6e place finale, avec cette fois une potentielle coupe d’Europe à la clef (*) ?
"Bien sûr ! Si on termine encore 6e cette année, avec toutes les équipes qui sont au-dessus de nous avec un gros budget, je serais très heureux. Et pourquoi pas faire un bon parcours en Coupe..."

La concurrence s’est étoffée cet été…
"Oui, même les équipes de notre calibre se sont bien renforcées. C’est très serré. On voit au classement que c’est très homogène. Tous les matchs sont difficiles, âpres à jouer et je pense que ce sera comme ça toute la saison."

Derrière le PSG, il est très difficile de prédire quel sera le classement final cette saison. Où situez-vous votre équipe ?
"On verra sur la durée comment ça va se dérouler. Je pense qu’on a notre carte à jouer, mais il faudra être constant et enchaîner les victoires."

Votre président Laurent Nicollin a fixé le top 10 comme objectif. Vous satisferiez-vous vraiment d’une 10e place ?
"Quand il dit top 10, c’est qu’il faut terminer parmi les dix premiers."

Mais il n’a pas dit "top 8"...
"Bien sûr, mais Laurent parle aussi par rapport au budget qu’on a, par rapport à ce que le club peut faire. On est ambitieux et on veut être encore meilleur que ce qu’on a été l’an dernier. Quand on démarre une saison, on veut toujours faire mieux que l’année précédente."

Ce budget, justement, le 13e en Ligue 1 (40 M€ selon le journal L’Equipe), donne-t-il encore plus de crédit à ce que vous faites depuis la saison dernière ?
"Il n’y a pas que le budget qui importe. Bien sûr, avec un bon budget, tu peux aller chercher des joueurs de qualité. Mais l’important, c’est de trouver une bonne harmonie entre les joueurs, une bonne complémentarité."

La composition de votre groupe actuel a coûté 43 M€, ce qui en fait le 10e effectif le plus cher du championnat. Cela traduit aussi un recrutement malin ces dernières années.
"C’est parce que le club travaille sereinement. La cellule de recrutement travaille bien, elle va voir beaucoup de matchs, on a des réunions tous les mois et on discute pour essayer d’améliorer l’équipe tout le temps."

Dix millions d’euros ont tout de même été investis sur le transfert de Téji Savanier.
"Ça faisait un moment qu’on le voulait. Laurent a fait l’effort de mettre l’argent qu’il fallait pour le recruter. Je ne pensais pas qu’il allait mettre cette somme-là pour Téji... On était tous unanimes pour le recruter. On peut se tromper, on peut prendre un joueur qui ne va pas s’affirmer, ça peut arriver. On a déjà pris des joueurs qui n’ont pas été performants, ça arrive dans tous les clubs. Dans chaque club, la mentalité est différente et on ne sait pas comment le joueur va s’acclimater."

Au niveau de l’état d’esprit, il ne devrait pas y avoir de problème avec lui.
"Ah pour Téji, non ! Il a grandi ici, il a été formé à Montpellier et on sait qu’il a très envie de reprendre avec nous (blessé depuis le mois de juillet, il n’a pas encore joué en match officiel, ndlr). Mais le risque, c’est qu’il se grille, qu’il donne trop et qu’il pense qu’il va tout casser. Il doit rester sur sa lignée de l’an dernier, avec beaucoup de clairvoyance pour être performant."

Comptez-vous toujours le récupérer après la prochaine trêve d’octobre ?
"Oui, j'espère le retrouver avec le groupe pour reprendre la compétition après la trêve."

Il évoluait avec Jordan Ferri à Nîmes la saison dernière. Cette association est-elle possible dans votre système ?
"Aujourd’hui, ils sont quatre pour trois postes (Mollet, Savanier, Ferri, Le Tallec). Après, il y a les jeunes que sont (Joris) Chotard et (Amir) Adouyev, il y a aussi Junior Sambia et (Keagan) Dolly qui peuvent jouer dans ce registre-là. Il y a du monde dans le coeur du jeu."

Vous jouiez avec deux véritables récupérateurs la saison dernière, Damien Le Tallec et Ellyes Skhiri (parti cet été à Cologne). Jordan Ferri n’apporte-t-il pas une autre dimension à votre équipe ?
"Jordan a une qualité de jeu vers l’avant, pour renverser, pour trouver les attaquants dans la profondeur, et c’est très important. Téji a cette qualité là, aussi, dans le jeu long, le jeu court, par-dessus la défense..."

Lequel des deux est le mieux armé pour endosser le rôle de récupérateur ?
"Tous les deux sont capables d’alterner la récupération et la projection vers l’avant. Il y a Damien (Le Tallec) aussi. On n’en parle pas, mais c’est un joueur important de notre effectif. Il a fait une très bonne saison l’an dernier et il confirme. Téji est à même de couper des trajectoires de passes, il a de l’agressivité dans son jeu défensif, je n’ai pas de doute là-dessus. Il peut aussi jouer plus haut, devant la défense, peut-être à la place de Flo (Florent Mollet). Je vais devoir faire des choix, ce sera difficile. Il va y avoir de la concurrence, à eux d’être performants. Je m’appuierai sur les meilleurs joueurs."

Cette équipe est-elle la meilleure que vous n’ayez jamais entraînée dans votre carrière ?
"Oui, je le pense. Je trouve qu’on a un très bon milieu de terrain, même s’il était déjà très bon l’an dernier. C’est un groupe qui adhère à ce que j’attends, à l’état d’esprit que je demande."

C’est quelque chose qui manquait à votre groupe auparavant, notamment lors de votre arrivée en 2017 ?
"Ma première année ici, on avait des jeunes joueurs qui avaient du talent et un gros potentiel. Ils sont d’ailleurs partis dans de bons clubs. Mais ça manquait (il hésite)… d’investissement dans le travail. Il fallait tout le temps être derrière eux pour qu’ils soient à fond."

Est-ce un problème que vous rencontrez avec les jeunes issus du centre de formation ?
"Non. Le problème, avec les jeunes du centre, c’est qu’ils pensent être prêts à jouer en professionnel, alors qu’ils ne le sont pas. Ils n’ont pas la maturité qu’il faut, ils sont là pour apprendre et il faut qu’ils apprennent vite. J’ai fait appel à Joris Chotard lors du premier match (défaite 0-1 contre Rennes, ndlr), parce que je pense que ce garçon a les aptitudes pour aller au haut-niveau. Mais il a encore du travail devant lui, il faut qu’il regarde comment ça se passe devant lui, comment travaillent les pros. C’est un garçon intelligent et je pense qu’il va y arriver. Je l’ai laissé en réserve le week-end dernier (victoire 2-1 contre Nice, ndlr), il a besoin de faire des allers-retours. Il y a des exceptions, comme (Eduardo) Camavinga qui joue titulaire à Rennes à 16 ans, mais les jeunes ici ne sont pas prêts, encore."

La fin du dernier mercato aurait pu être animée en cas de départ de Petar Skuletic et/ou Junior Sambia, qui sont finalement restés.
"Oui, on s'était orienté sur des joueurs pas trop confirmés, mais on aurait pris des bons joueurs. Peut-être avec un profil différent de celui de Petar."

C’est-à-dire ?
"Plutôt un profil de vitesse. Mais je ne vous donnerai pas de nom (sourire)."

Le départ de Ruben Aguilar, cet été, a-t-il été le plus difficile à digérer ?
"(Il hésite) J’aurais préféré le garder, c’est sûr, mais à partir du moment où j’ai su qu’on pouvait faire venir Arnaud (Souquet) de suite, ça ne m’a pas posé de problème."

Son transfert à l’AS Monaco a mis du temps à se concrétiser. Vous êtes-vous dit, à un certain moment, que vous alliez réussir à le conserver une saison de plus ?
"Oui, à un moment, on a cru qu’on allait pouvoir le garder. Mais l’avant-dernier week-end avant la fin du mercato, il est parti."

Vous avez prolongé votre contrat au mois d’avril dernier. Pour un an de plus, jusqu’en juin 2021 ?
"C’est bien ça. Le club m’a proposé de prolonger et j’ai dit oui."

Aurait-ce été différent d’entamer la saison avec cette légère incertitude sur votre avenir ?
"Oui, mais ça ne m’aurait pas posé de problème. On aurait attendu la fin de mon contrat et je n’aurais pas abordé différemment ma façon de travailler."

Le club progresse avec vous depuis votre arrivée. Avez-vous réciproquement l’impression de progresser avec lui ?
"J’ai cette impression de progresser, oui. Parce que je travaille dans un bon cadre, avec des personnes avec qui je prends plaisir à travailler. Que ce soit au niveau du staff, de la direction, ça se passe très bien. On se dit les choses avec le président. Quand il n’est pas content, il vient me dire les choses en face. C’est sain et c’est pro. On s’améliore tout le temps. Après, la qualité des joueurs à ma disposition y est pour beaucoup. Quand tu as des bons joueurs à la base, c’est plus facile d’avoir des résultats."

La perception de votre équipe change. Elle est de moins en moins considérée comme ennuyeuse et basée exclusivement sur sa solidité défensive...
"C’est vrai. Après, quand on te met une étiquette au départ, les gens restent là-dessus. On peut jouer à trois ou à quatre derrière, de toute façon, quand on n’a pas le ballon, il faut défendre. C’est la première chose qu’on m’a apprise en tant que joueur, y compris quand j’étais à Nantes, alors qu’on nous voyait comme une équipe portée vers le jeu. Quand on n’avait pas le ballon, avec Suaudeau (Jean-Claude Suaudeau, l’entraîneur du FCN à l’époque, ndlr), il fallait courir pour défendre et tout le monde défendait !"

Cette nouvelle étiquette vous aide-t-elle à attirer plus facilement de nouveaux joueurs ?
"Généralement, quand tu appelles un joueur qui a envie de voir autre chose, je pense que Montpellier est un bon club. Quand tu arrives à terminer dans les dix premiers, que tu n’es pas loin de conquérir une place européenne, les gens ont envie de venir. Et puis, il y a 360 jours de soleil par an... J’exagère à peine !"



(*) 6e la saison passée, le MHSC n’avait pas fini européen en raison des victoires surprises de Rennes et Strasbourg en coupes nationales.