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Jeudi 9 Avril

Nice - Adrien Tameze : "Il me fallait simplement du temps" (exclu Madein)

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Nice - Adrien Tameze : 'Il me fallait simplement du temps' (exclu Madein)
Adrien Tameze a accordé une interview à MadeinFOOT.

Parfois galvaudée, l'expression "faire son trou" prend tout son sens au regard de la saison d’Adrien Tameze. Arrivé dans une forme d’anonymat en provenance de Valenciennes, l’été dernier, pour quelques centaines de milliers d’euros, le milieu de terrain de 24 ans a su prendre son mal en patience. À force de travail, il est peu à peu parvenu à s’intégrer dans les plans de Lucien Favre, pour en devenir en 2018 l’un des joueurs les plus réguliers dans son onze de départ (11 titularisations en 15 apparitions toutes compétitions confondues depuis début 2018).

Une courbe ascendante qui suit celle tracée depuis le début de sa carrière : un départ précipité de Nancy, son club formateur, qui n’a pas souhaité le conserver en 2014, six mois de chômage, puis un rebond à Valenciennes, où il a crevé l’écran et tapé dans l’oeil des dirigeants Niçois. Conscient qu’il revient de loin, le natif de Lille savoure sa première saison réussie dans l’élite, qu’il a abordée pour MadeinFOOT.


MadeinFOOT : Vous enchaînez les matchs ces derniers temps, cette fin de saison doit être excitante (l’interview a été réalisée avant le déplacement de Nice à Marseille (défaite 2-1), auquel il n’a pas participé)...
Adrien Tameze : "Oui bien sûr, surtout qu’on est à la lutte pour l’Europe ! Je suis content que le coach me fasse confiance sur ces matchs là."

Vous êtes lancés dans le sprint final, mais vous l’avez démarré lentement face à des adversaires prenables. D’autres plus coriaces arrivent…
"On va se frotter avec les autres jusqu’à la dernière journée. On a perdu pas mal de points contre des équipes abordables et on se retrouve dans cette situation. On n’a pas le choix, il va falloir batailler !"

La 5e place vous qualifierait directement pour la phase de poules de l’Europa League, alors que vous devrez passer par des tours préliminaires si vous finissez 6es. Devez-vous faire d’un top 5 une priorité absolue ?
"Oui, mais c’est mon avis personnel. On n’a pas vraiment de pression par rapport à ça, mais c’est sûr que finir 5e serait mieux. On se qualifierait directement pour l’Europe et ça nous soulagerait, on partirait en vacances plus sereinement. Ça permettrait surtout de mieux préparer la saison prochaine."

À défaut, finir 6e serait un bon lot de consolation. Vous êtes prêt à écourter vos vacances ?
"Ah oui ! (rires) Je préfère finir 6e et reprendre plus tôt ! Moi, je viens de Ligue 2, c’était ma première saison en Ligue 1 et j’ai eu la chance de connaitre l’Europe. C’est quelque chose que j’ai envie de faire chaque saison. Je préfère l’Europe à plus de vacances, c’est clair !"

Vous avez découvert les compétitions européennes en début de saison. Quel était le plus fort, votre premier match en Ligue des Champions (contre Naples en barrages) ou votre premier but en Europa League (contre Zulte-Waregem en poules) ?
"Je crois que c’était le match contre Naples... C’est une équipe qu’on regarde chaque année en Champions League, qui joue très bien au ballon et qui est à la lutte pour le titre en Italie. C’était important pour moi de jouer ce genre de match, où l’expérience qu’on engrange est multipliée par dix. Après, mon premier but était aussi un moment particulier. Je ne suis pas quelqu'un qui marque beaucoup, mais celui-là m’a libéré et était important pour l’équipe."

Vous attendiez-vous à jouer autant cette saison ?
"Non, pas autant. Contre Naples, par exemple, je ne m’attendais pas à ce que le coach fasse appel à moi. Mais je prends ce qu’on me donne !"

Vous n’étiez pas toujours dans le groupe en début de saison (quatre fois en dix matchs seulement). Il vous fallait un temps d’adaptation ?
"Oui, je pense, parce que la différence entre la Ligue 2 et la Ligue 1 est conséquente, on la ressent vraiment. Après, il y avait aussi tout un système et une façon de travailler avec le coach qu'il a fallu que j’intègre. C’était compliqué de ne pas jouer, de ne pas être dans le groupe, mais c’était un mal pour un bien. Ça m’a permis de progresser plus rapidement et, ensuite, de jouer pas mal de matchs."

Vous êtes-vous posé des questions à ce moment-là ?
"Je ne pensais pas à partir. J’ai décidé de venir ici en sachant que ce serait compliqué, il y a une très forte concurrence à mon poste. Mais le fait de ne pas jouer n’est jamais bon. Je me posais des questions dans le sens où je me demandais ce qu’il fallait faire pour avancer, pour progresser. Finalement, je crois qu’il me fallait simplement du temps."

On parle souvent d’une différence de rythme entre la Ligue 1 et la Ligue 2. L’avez-vous ressentie ?
"Oui, il y a une différence de rythme, mais on joue aussi contre des joueurs qui sont un peu plus intelligents, plus vifs d’esprit... Donc tout va plus vite !"

Vous êtes arrivé dans l’anonymat l’été dernier. Avez-vous conscience d’avoir surpris beaucoup de monde ?
"Je n’ai pas pensé à ça en arrivant. Quand j’ai vu que Papy (Nampalys Mendy, ndlr) revenait, je me suis dit que la concurrence allait être plus forte, que ça allait être encore plus dur, mais ça m'a encouragé à travailler. Là, Wylan (Cyprien) est revenu et quand je m’entraine avec ces joueurs-là, comme Mika (Jean-Michaël) Seri, ça fait progresser plus vite. On ne peut pas se permettre de baisser le pied, sinon ça ne pardonne pas."

Avec le recul, avez-vous le sentiment d’être une surprise cette saison ?
"Je comprends qu’on puisse penser ça, que peu de gens me connaissaient avant mon arrivée. Ceux qui ne me connaissaient pas ne pouvaient pas se douter que j’aurais autant de temps de jeu. En venant ici, je connaissais mes qualités et je savais où je pouvais aller. Je me suis dit qu’en travaillant, il n’y avait pas de raison pour que ce soit eux et pas moi. Pour moi, ce n’est pas une surprise."

Quel est votre vrai poste ?
"Je dirais que c’est celui auquel je joue en ce moment, en sentinelle devant la défense. C’est celui que je maîtrise le mieux, celui auquel je me sens le mieux."

Dans quels domaines Lucien Favre vous a-t-il fait progresser ?
"Enormément de choses ! Il est très précis sur ce qu’il veut et c’est ce qui a fait que j’ai beaucoup progressé. Déjà, tactiquement, dans ce qu’il demande, j’ai appris beaucoup de choses. On travaille aussi beaucoup sur l’aspect technique ; il aime faire du jeu et, pour ça, il faut de l’aisance technique. Il m’a apporté dans tous les domaines, mais c’est tactiquement et techniquement que j’ai le plus progressé."

Il est précis, mais vous laisse tout de même quelques libertés…
"Il nous donne les points de base. Défensivement, pour être bien en bloc, faire un bon pressing et récupérer vite. Offensivement, pour être bien placé et gagner un ou deux temps afin d’aller plus vite vers l’avant quand on a la balle. Mais on a aussi de la liberté dans le jeu qui fait que, parfois, on peut produire de belles choses."

Son départ en fin de saison est dans les tuyaux. Comment l’appréhendez-vous ?
"On n’en parle pas vraiment dans le vestiaire, parce qu’on ne sait pas ce qui se passe réellement. Personnellement, oui, c’est un coach qui m’a beaucoup apporté et qui peut encore me faire évoluer. Dans la continuité de ma progression, j’aimerais qu’il reste, oui. Mais on ne sait pas comment ça va se passer."

Plusieurs joueurs cadres sont également annoncés sur le départ. Avez-vous le sentiment d’avoir été recruté pour intégrer une nouvelle génération, destinée à démarrer un nouveau cycle ?
"Honnêtement, je n’y ai pas pensé. Si on venait à perdre ces joueurs, ce serait dommage. Mais je n’ai pas pensé à tout ça en venant ici. Je ne sais pas comment ça va se passer l’année prochaine, mais c’est vrai que si je peux avoir un rôle plus important je le prendrai sans aucun problème."