OL - Jean-Michel Aulas met les joueurs face à leurs responsabilités

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OL - Jean-Michel Aulas met les joueurs face à leurs responsabilités
JMA a mis en garde certains joueurs. 10E JOURNéE L1

Après la première sortie de Rudi Garcia en tant qu'entraîneur de l'OL, hier, face à Dijon (0-0), Jean-Michel Aulas s'est exprimé dans les colonnes de L'Equipe. Le président lyonnais analyse la première de son nouveau technicien et met en garde certains joueurs.

Tout comme Rudi Garcia lui-même, Jean-Michel Aulas espérait certainement mieux qu'un match nul et vierge face à Dijon (0-0, analyse et notes) au Groupama Stadium. A défaut d'avoir vu son équipe prendre les trois points et stopper une série de sept matchs sans victoire (huit désormais), le président rhodanien a relevé des motifs de satisfaction suite à la prestation face au DFCO. "Si on considérait qu'on n'était pas dans le bon sens, quand on fait une analyse objective du match, on peut considérer qu'on a inversé le sens. On était sur une pente descendante : il n'y avait pas de jeu, pas suffisamment d'engagement, pas les bons choix tactiques. Là, si on prend les paramètres, on est reparti sur une qualité de jeu supérieure, notamment en deuxième période. On avait la possession et on a fait plus de 700 passes. Après, certes, il y en a encore qui sont vers l'arrière et dont on peut s'abstenir. On a frappé 24 fois au but, avec une dizaine d'occasions assez nettes. Je pense qu'on a été maladroit. La maladresse, elle peut venir de joueurs qui ne sont pas en confiance. Mais je pense que le contexte a aussi joué" a-t-il débuté.

En effet, l'OL est en crise et l'accueil réservé à l'entraîneur passé d'un Olympique à un autre n'a pas été des plus cordiaux. "Le contexte était lourd. Moi, parce que je suis dirigeant depuis trente-deux ans, j'arrive à faire front. Et je sais bien que la réaction populaire, elle est spontanée et que les gens ne raisonnent, peut-être, pas assez" a expliqué JMA, et d'ajouter, plus positif : "Mais si on prend un peu de recul, on est évidemment mieux qu'après le match de Saint-Étienne, mais on est aussi bien mieux que par rapport à d'autres rencontres. Je pense à notre match à Brest (2-2, le 25 septembre), où on était catastrophés par le manque de jeu flagrant. On ne voyait pas comment on allait s'en sortir". Cette semaine et le jour du match, Jean-Michel Aulas a vu les premiers effets positifs s'opérer sur le groupe suite à l'arrivée de Garcia. "J'ai vu ce qu'il s'est passé à la causerie et dans le vestiaire. J'ai trouvé un changement. Il n'y a pas photo. Comme c'est moi qui ai choisi Juninho en tant que directeur sportif et que c'est lui qui a choisi les entraîneurs, je n'en tire pas de la gloriole. Malgré le fait qu'il soit passé par Marseille et que cela choque un certain nombre de supporters dans un jugement un peu rapide, Rudi (Garcia) a bien pris les choses en main. Il a amené une rigueur qu'on avait perdue et qui était surtout la base de ce qu'on délivrait sur le terrain. Il n'y avait pas de rigueur à l'entraînement et dans la vie de tous les jours. Derrière, en match, on se liquéfiait."

"Évidemment, il y a une déception de ne pas avoir gagné. Mais, pour gagner dans le futur, il était indispensable de reprendre par un match où tout n'a pas été parfait, loin de là. Mais où la tendance a été inversée. C'est ce que je voulais dire pour que les supporters continuent de supporter et voient les choses de manière positive. Ça n'a l'air de rien, mais l'entrée de Rayan (Cherki, âgé de 16 ans) dans le groupe puis sur le terrain, c'est le signe qu'on redevient ambitieux et en phase avec l'ADN de l'OL. Certains diront que c'est catastrophique, mais ce n'est plus catastrophique. Ça l'était jusqu'au derby à Saint-Etienne, là, on inverse la courbe..." a-t-il ajouté. En conclusion, il considère que ce premier match de l'ère Garcia a marqué le tournant attendu et les bons résultats devraient revenir. "J'ai l'impression qu'il y a eu beaucoup de mieux. Ce n'était pas parfait. Mais on a inversé la spirale. On est dans une spirale qui va vers le haut alors qu'on était jusqu'ici dans une spirale qui nous descendait aux enfers..."

"Des joueurs me déçoivent. Je ne vais pas les citer parce qu'ils se reconnaîtront"

Au cours de cet entretien pour nos confrères, le président lyonnais a surtout tiré à boulet rouge sur certains joueurs, mettant en exergue leur manque d'implication. "Il y a eu une banderole pour rappeler qu'on avait changé deux fois de coach mais que c'étaient les mêmes joueurs, pour la plupart, qui sont là. Elle a un fond de vérité. Ce n'est pas de l'indulgence que je réclame. C'est du management de base, de la psychologie. Si vous avez des enfants qui font des conneries et qui ne réussissent pas à l'école, si vous les matraquez en termes d'analyses et d'insultes, vous n'avez aucune chance de les mettre dans la bonne trajectoire. Par contre, si après le changement, on ne les accompagne pas, on ne va pas les emmener à se transcender. Si on pouvait changer cinq ou dix joueurs, on l'aurait peut-être fait, mais ce n'est pas possible. Donc on change d'entraîneur pour créer un choc psychologique. Et c'est du management de base et on a besoin maintenant que les joueurs se transcendent. Même si nous aussi, on a fait des erreurs..." a-t-il commencé par annoncer à ce sujet.

Après avoir reconnu s'être trompé avec Sylvinho, JMA a adressé un message très clair aux joueurs loin de leur niveau habituel. "On l'a choisi parce qu'on pense qu'il est le plus capable à transmettre cette énergie aux joueurs pour qu'ils se sortent de cette situation. Indubitablement, même si je vais les protéger, on leur a expliqué que leur part de responsabilités était immense. Et les supporters font la même analyse. Là où on diffère, c'est dans la gestion de cette analyse. Les supporters sont plus agressifs, avec des morceaux moins choisis d'analyses et de sanctions. Nous, on pense que sans des joueurs motivés et valorisés, on n'a aucune chance de se redresser. Après, on verra en décembre puis en juin, ce qu'il y aura lieu de faire... Il y a sûrement des joueurs qui, à l'intérieur, ne font pas forcément tout ce qu'il faut..." a-t-il glissé, avant de se montrer plus précis : "des joueurs me déçoivent. Je ne vais pas les citer parce qu'ils se reconnaîtront. La saison dernière, certains étaient les meilleurs dans leurs clubs et qui, aujourd'hui, sont l'ombre d'eux-mêmes" puis de citer le nom de Thiago Mendes explicitement : "il y a peut-être des raisons que je ne connais pas ou que je ne veux pas prendre en compte mais lui comme d'autres doivent complètement s'assumer et se reprendre. On les a achetés parce que ce sont de très bons joueurs et qu'on voulait les faire progresser. Mais il n'y a pas que Thiago Mendes."

Enfin, le président rhodanien a justifié son retour en première ligne. Si ce n'était pas sa volonté première - lui qui voulait prendre du recul -, il a expliqué que le bien être et le bon fonctionnement du club passé avant tout, quitte à devoir reparaître plus souvent devant les journalistes. "L'Olympique Lyonnais, c'est trente-deux ans de ma vie. Même s'il n'y a pas que ça dans ma vie, c'est une part importante parce qu'on y laisse de l'énergie, de la passion. On rencontre quelques fois de la jalousie, de la haine. Si on n'est pas capables de revenir sur ce qu'on a dit pour aider le club qu'on aime et l'institution qu'on défend, on ne mérite pas d'être le dirigeant suprême. Oui, ce n'était pas prévu, et je vais faire le moins possible et former le plus possible Juninho pour qu'il joue le rôle qu'on a décidé ensemble. Mais si je peux l'aider partout et faire en sorte que l'institution ait plus de possibilités d'y arriver, on va le faire et on va bien le faire [...]. Si je dois apparaître un peu plus, je le ferai. Au risque de me faire railler par ceux qui diront : ''Ah ah ah, il voulait disparaître mais il revient !''. Si je reviens, ce n'est pas pour me faire plaisir, c'est pour rendre service à l'institution et pour faire en sorte qu'on s'en sorte tous ensemble."