23 Juillet 09h42
Les Brésiliens ont-ils une date de péremption ?
A peine debout, ils taquinent le ballon sur les plages de Copacabana ou dans les favelas. Divertissement pour les uns, échappatoire pour les autres, le football est un sport national pour les gamins Brésiliens. Dotés d'une grande technique dès le plus jeune âge, ils sont au-dessus du lot lors de leur arrivée en Europe. Mais à quel prix ?
Le 24 août 1994, un jeune Brésilien au visage poupon débarque au PSV Eindoven. Personne, ou presque, ne connaît alors Ronaldo Luis Nazario de Lima, 18 ans, tout juste auréolé d'un titre de Champion du Monde. Cela ne tarde pas. Lors de sa première saison aux Pays-Bas, Ronaldo inscrit 30 buts en 33 matchs. Une petite blessure le tient écarté des terrains lors de la saison suivante, pendant laquelle il inscrit toutefois 12 buts en 13 matchs. En juin 1996, il signe pour le FC Barcelone, club pour lequel il inscrira 47 buts en 49 rencontres, toutes compétitions confondues. Des chiffres invraisemblables. " Il fenomeno " récidive la saison suivante, sous les couleurs de l'Inter de Milan. Ses gestes techniques, sa rapidité et son sens du but inouï (encore 34 !) permettent au club du Président Moratti de remporter la Coupe de l'UEFA. Rien ni personne ne semble pouvoir stopper l'ascension de ce joueur que l'on compare déjà à Pelé. " En 1998, Ronnie était le meilleur joueur du monde. Certains disaient même qu'il était le plus grand joueur de l'histoire. Et je faisais partie de ceux-là " témoigne son coéquipier de l'époque Giuseppe Bergomi.
Mais en peu de temps, tout bascule. Tout le monde se souvient de la finale de la Coupe de Monde face à la France, et de sa présumée crise d'épilepsie. Après ce fameux 12 juillet 1998, Ronaldo ne sera plus que l'ombre de lui-même. Blessures à répétitions, sorties nocturnes agitées, l'attaquant perd la tête. Au Real Madrid, il retrouve un niveau digne de ce nom. Mais malgré le grand nombre de buts inscrits (82 en 4 saisons), il ne redeviendra jamais celui qui a remporté le ballon d'or en 1997.
Et que dire de son cousin Ronaldinho ? Avant qu'il n'arrive en Europe, on le dépeint comme l'héritier de son illustre parent. Transféré au PSG, il déçoit, malgré quelques numéros de grande classe. C'est lors de son arrivée au FC Barcelone qu'il prend tout son envol. Au sommet de son art, Ronaldinho mène le club catalan vers les cimes, inscrivant but sur but. Grand technicien, capable d'inventer un nouveau geste à chaque match, il reçoit le Ballon d'Or en 2005. Mais cette distinction marque le début de son déclin. Ses dernières saisons catalanes se passent plus souvent sur le banc, et son transfert dans un Milan AC vieillissant ne fait que témoigner sa pente descendante.
La liste d'autres joueurs suivant le même chemin que Ronaldo et Ronaldinho est édifiante. Trop fêtards, inconstants, avec une vie privée parfois peu équilibrée, les talents sont ébranlés par leurs propres frasques. Comment ne pas penser à Adriano ? Au Brésil, on lui prédit un avenir de futur grand. Son arrivée à l'Inter de Milan en 2004 (après un prêt à la Fiorentina et à Parme) où il est associé à Christian Vieri, est détonante. Le buteur frappe quasiment à chaque rencontre, et tout particulièrement en Ligue des Champions (moyenne de buts supérieure à 1). Mais ses écarts nocturnes font vite la Une des journaux transalpins. Les dirigeants de l'Inter le considèrent comme un perturbateur. Le 10 avril 2009, après avoir mystérieusement disparu pendant plusieurs jours, il annonce qu'il met un terme à sa carrière, à seulement 27 ans. Il revient finalement sur sa décision et s'engage avec le club de Flamengo, où il est toujours aussi bipolaire.
La question se pose alors : les Brésiliens sont-ils destinés à avoir une carrière courte ? Les Kakà, Robinho et autres Julio Baptista, monstrueux lors de leur arrivée en Europe, ont-ils la dimension nécessaire pour jouer plus de 5 ans au plus haut niveau ? Dans un pays où ont évolué Pelé (1468 matches pour 1266 buts marqués), Romario (571 matches, 423 buts), Garrincha (675 matchs, 237 buts) et autres Bebeto, joueurs à la longévité prodigieuse, ce problème fait débat. " Nos joueurs sont trop inconstants ? " s'interrogeait Carlos Dunga, entraîneur de la Seleçao, lors d'une récente conférence de presse. Réponse de l'intéressé : " Je vous dirais cela après la finale de la Coupe du Monde 2010 ".
Eric Maggiori,
MadeInFOOT.com
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