29 Juillet 15h46
Quand les mercenaires prennent le pouvoir
En Italie, on les appelle "bandiere". Les drapeaux, à proprement parlé. Ils représentent à eux-seuls l'image et l'âme d'un club. Mais ces joueurs charismatiques se font de plus en plus rares. Car aujourd'hui, l'argent semble avoir pris le pas sur tout le reste. Et cet été 2009 n'a fait que le confirmer.
Le 31 mai dernier, le gigantesque Paolo Maldini tirait sa révérence. Son bilan : 902 matchs joués au terme de 25 saisons de carrière internationale. 902 matchs sous un seul et même maillot : celui du Milan AC. A peine sept jours plus tard, Ricardo Kakà, autre star des rossoneri, rejoignait le Real Madrid pour quelques 67 millions d'euro. Quelques semaines auparavant, le milieu de terrain brésilien avait pourtant déclaré sa flamme au club milanais, affirmant vouloir y clore sa carrière. Ce sont les deux facettes du football. Amour et trahison. Porte-étendards et mercenaires.
Autrefois, jurer fidélité à un club n'était pas anormal. Au contraire. Franco Baresi (Milan), Giacinto Facchetti (Inter), Giampiero Boniperti (Juventus), Bobby Charlton (Man.Utd), Ian Callaghan (Liverpool), Manuel Sanchis (Real Madrid) ou encore Migueli (FC Barcelone), ces noms sont ceux de joueurs ayant tous dépassé les 500 matchs avec un seul et même maillot. Un autre temps, dirons-nous. Puisqu'aujourd'hui, les joueurs évoluant depuis plus de 10 saisons dans le même club se comptent sur les doigts d'une main. Raùl (Real Madrid), Ryan Giggs (Man.Utd), Xavi (FC Barcelone), Alessandro Del Piero (Juventus) et Francesco Totti (AS Roma) sont peut-être les derniers irréductibles d'une génération qui joue avant tout pour l'amour de ses couleurs. Les actes de trahison se multiplient et deviennent même communs, à tel point que plus personne n'hésite à crier son amour pour un écusson un jour, son désir de nouveauté le lendemain.
L'été 2009 s'inscrit d'ores-et-déjà comme celui de toutes les infidélités. Cela a commencé par Cristiano Ronaldo, qui, même s'il avait déjà émis l'hypothèse de s'en aller, a envoyé valser six années de joie à Manchester. L'appel du Real Madrid et de ses millions a été trop fort. Pire encore pour les supporters mancuniens, le transfert de Carlos Tevez chez le rival de Manchester City. Quand on parle de près de 30 millions d'euros, les états d'âme passent en second plan. Le cas Ricky Kakà ayant déjà été évoqué, impossible de ne pas aborder celui de Zlatan Ibrahimovic. Entre le suédois et l'Inter de Milan, club avec qui il vient de remporter quatre titres de Champion d'Italie, cela a vite tourné au "Je t'aime, moi non plus". Finalement, le 9 juillet dernier, le joueur déclarait à la Gazzetta dello Sport "Mourinho a su me convaincre. Je reste à l'Inter pour remporter la Ligue des Champions". Belles paroles. Les faits sont moins convaincants. Quelques jours plus tard, le FC Barcelone officialise l'arrivée du suédois en échange de Samuel Etoo et de quelques dizaines de millions. Premières paroles du néo-barcelonais : "Je remercie l'Inter et le président Moratti. Jouer au FC Barcelone a toujours été un rêve pour moi". Et de conclure par un baiser (empoisonné?) sur le maillot blaugrana.
Entre mensonges et tromperies, les supporters ont fini par admettre qu'un joueur, aussi sincère semble-t-il être, peut faire ses valises à n'importe quel moment. Ce ne sont pas les supporters de la Lazio qui diront le contraire. Lors de l'été 2002, le club annonçait la cession d'Alessandro Nesta, capitaine du club, au Milan AC. Les tifosi sont descendus dans la rue pour protester. Nesta avait commencé à jouer à la Lazio à l'âge de 8 ans, fait ses débuts en Serie A à 17, pris le brassard de capitaine à 22, remporté le Scudetto à 24. Un parcours qui semblait l'emmener droit vers le Panthéon des plus grandes "bandiere". Mais pour combler le déficit du club, le président décida de le vendre. Quelques jours plus tard, les tifosi exposèrent au stade une banderole polémique : "31/08/2002 : E morta l'ultima bandiera". La dernière "bandiera" est morte. Peut-être avaient-ils vu, avec quelques années d'avance, une inévitable prémonition.
Eric Maggiori
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MadeInFOOT.com
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